Le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major des armées et l'un des fidèles du président Bouteflika, se retrouve en position d'arbitre dans la crise politique qui secoue le pays.

Ahmed Gaïd Salah, le chef d'état-major de l'armée algérienne, vice-ministre de la Défense
Ahmed Gaïd Salah, le chef d'état-major de l'armée algérienne, vice-ministre de la Défense © AFP / Farouk Batiche

En Algérie, on décortique la moindre parole de ce haut gradé, incarnation du système que dénoncent les manifestants. Après le président Bouteflika, il est l’homme le plus puissant d’Algérie, à la tête de la deuxième armée d’Afrique après celle d’Égypte. 

Ahmed Gaïd Salah est un pur produit du sérail politico-militaire qui dirige l'Algérie depuis l'indépendance. Originaire d'un village des Aurès, il s'engage à l'âge de 17 ans dans les maquis du FLN. Formé dans une école d'artillerie soviétique, cet homme ambitieux va grimper tous les échelons de la hiérarchie militaire.

Le général Salah commence sa carrière militaire au sein de la résistance anti-française pendant la guerre d'Algérie
Le général Salah commence sa carrière militaire au sein de la résistance anti-française pendant la guerre d'Algérie © AFP

Commandant des forces terrestres en 1994, il se retrouve plongé au cœur de la guerre contre le terrorisme islamiste. Pendant cette période sombre, il acquiert alors une réputation de dur à cuire

En 2004, il profite de la mise à l'écart du chef d'état-major Mohamed Lamari, hostile à la réélection d'Abdelaziz Bouteflika, pour atteindre le sommet de l'armée... Et ne plus le quitter.

Depuis, il navigue dans le sillage du président. "Je serai au service du moudjahid Bouteflika jusqu'à la mort", aime-t-il répéter. Il fait partie de ses principaux centurions et lui doit son ascension ces dernières années.

Le général Salah doit son ascension au président Bouteflika
Le général Salah doit son ascension au président Bouteflika © AFP / Ryad Kramdi

Ce n'est pas une personnalité charismatique

"C'est un homme autoritaire qui aime les longs discours, il n'est pas là pour se faire apprécier de la population", nous confie un observateur local.

Amateur de bonne chère et gros fumeur, Ahmed Gaïd Salah est réputé et craint pour ses terribles colères. Tout au long de sa longue carrière au cœur de l'État profond algérien, il a eu tout loisir de placer ses hommes de confiance et d'éliminer tous ceux qui lui faisaient de l'ombre.

En 2015, il sera à la manœuvre pour écarter le puissant patron du département du renseignement et de la sécurité (DRS), le général Mohamed Médiène, alias "Toufik".

Alors que son mentor Abdelaziz Bouteflika s'accroche désespérément au pouvoir, le vieux général âgé de 79 ans a aujourd'hui la lourde tâche de gérer une transition politique à haut risque. 

Le général Salah avec Jean-Yves Le Drian, alors ministre français de la défense en 2014 à Alger
Le général Salah avec Jean-Yves Le Drian, alors ministre français de la défense en 2014 à Alger © AFP / Farouk BATICHE

Depuis le début de la crise, Ahmed Gaïd Salah, qui est également vice-ministre de la Défense, souffle le chaud et le froid, maniant le bâton et la carotte

Après des propos initiaux très durs où il évoquait le spectre de la guerre civile en Libye et en Syrie, le patron de l'armée est revenu à une thématique très consensuelle : "l'armée et le peuple algérien ne font qu'un", "ils sont frères".

Il ne se passe pas une semaine sans qu’il n’effectue une visite de terrain dans l’une des six régions militaires que compte le pays. Ainsi, il a expliqué il y a quelques jours, devant les élèves d’écoles militaires, que l’armée partageait avec le peuple algérien "les même valeurs et principes." Sent-il que le vent est en train de tourner ?

Manifestation anti-Bouteflika le 19 mars 2019 dans le centre d'Alger
Manifestation anti-Bouteflika le 19 mars 2019 dans le centre d'Alger © AFP

Ahmed Gaïd Salah appelle désormais à des "solutions", qu'il ne détaille pas, et qui interviendront au "moment propice". La presse algérienne s'interroge sur cet agenda très flou et se demande, si le 28 avril, date où selon la constitution, le mandat du président Bouteflika s'achève, ne sera pas le moment de vérité pour le puissant patron de l’armée.

Tout l'enjeu pour le pouvoir algérien est de faire décoller la Conférence nationale, présidée par Lakhdar Brahimi, qui doit refonder l'architecture politique de l'après Bouteflika. Et dans ce cadre, Ahmed Gaïd Salah a "pour mission de _contrôler la transition politique"_, assure un journaliste local.

En cas d'impasse, s'achemine-t-on vers la création d'un haut comité d'État comme en janvier 1992 après la démission du président Chadli Benjedid ? Ahmed Gaïd Salah rêve-t-il d’un destin présidentiel à l’instar de celui du général Abdel Fatah Al-Sissi en Egypte ? 

Tout semble montrer que la haute hiérarchie militaire algérienne se tient prête à tous les scénarios. Quelle que soit l'évolution de la situation, le centurion de Bouteflika assure que l’armée demeurerait "le rempart du peuple et de la nation".

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