Neuf personnes ont été tuées mercredi soir dans deux bars à Hanau, près de Francfort. Le parquet anti-terrorisme allemand évoque des "motivations xénophobes" de l'auteur présumé, retrouvé mort à son domicile. Retour sur plusieurs mois de montée d’une extrême-droite plus ou moins violente outre-Rhin.

Des fleurs déposées en hommage aux victimes de la fusillade à Hanau, en Allemagne.
Des fleurs déposées en hommage aux victimes de la fusillade à Hanau, en Allemagne. © AFP / Andreas Arnold / DPA / DPA Picture-Alliance

C’est un nouvel attentat meurtrier qui a frappé l’Allemagne mercredi soir, plus particulièrement Hanau, dans le centre du pays. Après une nuit de traque, l'homme a été retrouvé mort chez lui, jeudi matin, avec à côté de lui le cadavre de sa mère. Le parquet fédéral allemand, saisi de l'enquête, dispose "d'éléments à l'appui d'une motivation xénophobe", a indiqué un porte-parole à l'AFP.

En effet, les enquêteurs auraient retrouvé chez le suspect une lettre de confession et une vidéo de l'attaque qui laissent peu de place au doute. D'après Peter Neumann, spécialiste du terrorisme au King's College de Londres, il s'agit d'un "manifeste de 24 pages" témoignant d'une "haine des étrangers et des non-blancs" et appelant à "l'extermination de plusieurs pays en Afrique du Nord, au Proche-Orient et en Asie centrale" en usant "de termes explicitement eugénistes, affirmant que la science prouve que certaines races sont supérieures".

Le pays fait face depuis plusieurs mois, voire quelques années, à la recrudescence de ce que les médias allemands appellent la "terreur d'extrême droite". Retour sur plusieurs étapes-clés de cette montée de la haine.

Février 2013 : Arrivée de l'AfD, parti xénophobe

Se revendiquant eurosceptique, Alternative pour l'Allemagne (AfD) a vite été qualifié de parti xénophobe et nationaliste. En 2015, alors que l'Allemagne accueille des centaines de milliers de migrants, le parti surfe sur la xénophobie et le racisme, en particulier à l'encontre des musulmans

L'une des affiches de campagne de l'AFD en 2017 : "L"Islam ne fait pas partie de l'Allemagne".
L'une des affiches de campagne de l'AFD en 2017 : "L"Islam ne fait pas partie de l'Allemagne". © Getty / Picture alliance / Contributeur

Un ressentiment alimenté notamment par des agressions sexuelles lors de la Saint Sylvestre à Cologne, puis par l'attaque du marché de Noël à Berlin, que le parti s‘est empressé de rattacher à l’immigration.

En 2018, une enquête du quotidien Tageszeitung révèle que des élus de l'AfD au Bundestag emploient d'anciens membres du NPD (parti néo-nazi) et un ex-cadre d'un groupe néo-nazi interdit parmi leurs assistants parlementaires.

Plus récemment, la police a ouvert une enquête sur des albums à colorier racistes, distribués par l'AfD.

Septembre 2017 : l'AfD entre au Parlement

Aux élections européennes de 2014, le parti réalise une percée en obtenant 7% des voix, ce qui lui permet d'introduire sept eurodéputés au Parlement européen. Malgré des querelles internes, il parvient deux ans plus tard à devancer l’Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU), le parti de la chancelière Angela Merkel, en se plaçant en seconde position avec 21,4 % aux élections régionales.

C'est en 2017 que l'AfD fait son entrée au Bundestag, le parlement allemand. Une première pour un parti d'extrême-droite en 60 ans d’Histoire allemande. Les élections régionales de 2019 confirment la tendance. Il remporte plusieurs succès notables dans trois Ländern d'ex-Allemagne de l'Est. Dans l'un deux, Thuringe, les élus locaux du CDU ont même allié leurs voix à ceux de l'AfD pour élire le président de région, début février.

Août 2018 : Une "chasse à l'homme" dans les rues

Dans la nuit du 25 au 26 août, un Allemand est tué à coups de couteau à Chemnitz, une ville de Saxe. Un Irakien et un Syrien, qui seront arrêtés le lendemain, sont suspectés du meurtre. Des centaines de hooligans se rassemblent et s'en prennent à des personnes d'origine étrangère. "Cassez-vous! Qu’est-ce que vous voulez, vous les bougnoules ? Vous n’êtes pas les bienvenus", crient certains d'entre eux dans cette vidéo. Le porte-parole du gouvernement y voit une "chasse à l'homme xénophobe".

Le lendemain, des milliers de militants d'extrême-droite, notamment du mouvement des Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident (Pegida) ou de l'AfD, manifestent. Un affrontement avec des groupes d'extrême gauche est évité de peu, et un restaurant juif est pris pour cible.

Juin 2019 : Un assassinat politique

En juin 2019, pour la première fois depuis des décennies, un élu local de la CDU est assassiné par balles, à bout portant. L'auteur est un néo-nazi. Il justifie son geste par la politique d'accueil en faveur des réfugiés de sa victime.

Précédemment, en 2015 et en 2016, la maire de Cologne (sans étiquette) et celui d'Altena (CDU), tous deux favorables à l'accueil des migrants, avaient été victimes d'une agression au couteau.

Octobre 2019 : Attaque d'une synagogue et d'un restaurant turc

En octobre, en pleine fête juive de Yom Kippour, la synagogue de Halle est visée par un militant néo-nazi. Il s'en prend à ce lieu de culte en vain, car la porte qu'il essaye de faire sauter lui résiste. Une grenade est également lancée sur un restaurant turc. Il tue une passante et un client de l'établissement. Le tout est diffusé en direct et en vidéo sur la plateforme de streaming Twitch.

Février 2020 : Vague d'arrestations dans un groupuscule

Vendredi dernier, 12 membres d'un groupuscule d'extrême-droite sont arrêtés et placés en détention dans le cadre d'une enquête antiterroriste. Il sont soupçonnés de préparer des attentats de grande envergure dans les prochains jours contre des mosquées.

À Dresde, huit néonazis sont également jugés depuis près de cinq mois pour avoir planifié des attentats contre des étrangers et des responsables politiques.

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