Au sein d'une ambassade, c'est la loi du pays dans laquelle elle se trouve qui s'applique et uniquement cette loi. Autour de ce lieu souvent fantasmé, beaucoup de légendes circulent, mais aussi des histoires vraies.

Des enfants cambodgiens sont réfugiés dans la cour de l'ambassade de France pour fuir les Khmers Rouges.
Des enfants cambodgiens sont réfugiés dans la cour de l'ambassade de France pour fuir les Khmers Rouges. © AFP / CLAUDE JUVENAL

Il ne faut pas toujours croire ce que l'on voit dans les films...  Si vous allez entrer dans une ambassade française alors que vous êtes dans un pays étranger, et que vous êtes en infraction avec la loi, vous n'êtes pas sauvé.

Les ambassades bénéficient d'un régime juridique spécifique certes, depuis 1961 et la convention de Vienne, une sorte de code des relations diplomatiques, qui garantit aux ambassades l'inviolabilité. Mais elles dépendent malgré tout des lois du pays dans lesquelles elles sont installées.

Les diplomates sont protégés, ainsi que les documents (la fameuse valise diplomatique qu'ils peuvent transporter) mais ils sont quand même sous statut juridique du pays où ils vivent. En revanche, pour faire ouvrir une de ces valises ou pour entrer dans l'enceinte d'une ambassade, il faut effectivement une autorisation et dans les faits, le pays qui accueille cette ambassade est en droit de le demander. 

Les ambassades ont été au cœur d’histoires tristes ou heureuses, mais toujours rocambolesques. En voici quelques-unes :

L'ambassade refuge, le cas Assange 

L'exemple le plus frappant récemment, c'est le cas emblématique de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, qui vit depuis 6 ans dans l’ambassade d'Équateur à Londres. En 2010, 70.000 documents confidentiels sur les opérations de la coalition internationale en Afghanistan sont diffusés par le site internet WikiLeaks. Puis 400.000 rapports concernant l'invasion américaine en Irak sont publiés en octobre et, un mois plus tard, le contenu de quelque 250.000 câbles diplomatiques américains.

L'Australien avait ainsi rendu publics des documents confidentiels du gouvernement américain. En novembre de la même année, il était par ailleurs accusé de viol en Suède (affaire classée sans suite en 2017). Il vit toujours reclus dans cette ambassade où il est devenu un hôte gênant depuis le changement de président à la tête de l’Équateur.

Les notables cambodgiens livrés aux Khmers rouges par l'ambassade de France

En pleine guerre froide, la capitale du Cambodge, Phnom Penh est prise par les "révolutionnaires" communistes. En avril 1975, des Cambodgiens arrivent par milliers dans l'enceinte de l'ambassade de France. Dans les bâtiments de l'ambassade, du centre culturel et dans le parc, partout des hommes des femmes et des enfants viennent trouver refuge après la prise de Phnom Penh par le régime communiste des Khmers Rouges. 

Après des heures de tractations et de menaces entre le personnel, le Quai d’Orsay et les Khmers, la France accepte (sous la menace d'une intrusion d'hommes armés) de livrer une liste de notables cambodgiens qui seront envoyés dans les camps où beaucoup d'entre eux seront tués.

L'affaire Gordji, Paris et Téhéran aux abois sur fond de règlement de comptes politique entre Mitterrand et Chirac

En 1986, des attentas ensanglantent Paris, l'attentat de Rennes, celui du magasin Tati. Une guerre qui ne dit pas son nom se déroule entre Paris et Téhéran. Dans son enquête sur ces attentats, la justice française tombe sur le nom de Wahid Gordji. Cet homme est officiellement traducteur à l'ambassade d'Iran en France. Mais en réalité, il en est le numéro 2 officieux. L'ambassade d'Iran est surveillée par le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, sur demande du Premier ministre Jacques Chirac, en pleine cohabitation. C'est alors François Mitterrand qui préside la France.

L'homme doit être entendu par le juge français mais il se réfugie à l'ambassade iranienne, s'y enferme, et y reste plusieurs semaines. Une conférence de presse est faite à l'ambassade, où les Iraniens pointent les désaccords entre l'Élysée et Matignon. L'ambassade d’Iran est alors entourée de policiers. Mais Gordji obtient pourtant un laisser-passer (sans doute avec l'accord de Mitterrand). Officieusement, un accord secret prévoit la libération des otages français détenus. Pendant quatre mois, c'est la guerre des ambassades et finalement Gordji est lavé de tous soupçons et retourne libre à Téhéran.

À Prague, la ruée vers l'Ouest

En 1989, l'ambassade allemande est envahie par des Allemands de l'Est qui fuient le régime communiste d'Erich Honecker. Ils sont des milliers à chercher refuge dans l'enceinte de l'ambassade.

Ils campent sur des cartons et restent, jour après jour, contre les grilles du bâtiment. Finalement, Hans-Dietrich Genscher, le ministre des Affaires étrangères de la RDA, annonce aux les réfugiés qui campent un peu partout dans et autour de l'ambassade qu'ils sont libres de partir pour l'Allemagne de l'ouest. C'est alors l'explosion de joie.

Ces récits des XXe et XXIe siècles sont bien la preuve que l’extraterritorialité est une fiction juridique. Dans une ambassade aussi, l'Histoire et la violence peuvent vous rattraper. 

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