Amexica, le mot est sorti de l'imaginaire d'Ed Vulliamy , journaliste anglais, qui s'est rendu à plusieurs reprises le long de la frontière américano mexicaine, lieu de passage incontournable de tous les trafics. Que ce soit aux Dos Lorados ou sur les courbes du Rio Grande entre El Paso et Ciudad Juarez .

Dans ces zones tampons entre deux univers, un monde à part s'édifie avec ses codes et sa propre langue. Pour saluer un homme, on ne dit pas "Hi man " ou "hermano ", mais "Mano ". La bicicleta mexicaine roule vers le bike anglais pour devenir la baica .

Aux Dos Lorados , des centres commerciaux ont poussé. Ici, se connecte l'Amérique latine et celle du Nord avec en prime l'arrivée des exportations chinoises. 8000 camions par jour, 12 millions de barils de pétrole brut, 367 milliards de dollars de marchandises au quotidien. 97% d'un trafic légal, 3% de contrebande. Mais 3% de 367 milliards de $ par jour est un chiffre démesuré pour les narcos trafiquants.

Un peu plus au nord, autre lieu de passage vers El Paso. Ciudad Juarez détient un triste record : la ville la plus meurtrière au monde : 24 000 meurtres en 4 ans, entre 2006 et 2010.

Autrefois, les narcos faisaient affaire avec les élus, quelques journalistes et policiers étaient corrompus. il existait un code d'honneur à la manière de celui qui figure dans les films sur la Cosa Nostra sicilienne.

Epoque révolue, les politiques et journalistes sont flingués sans états d'âme et en public. Les femmes et enfants en bas âge ne sont plus épargnés par les tueries.

On assassine pour faire mal. Torture, mutilation. Un inspecteur a vu ses deux enfants se faire tuer et découper, sa femme violée et brulée vive. Ce n'est qu'une semaine après, après une semaine de souffrance psychologique que le malheureux s'est fait tuer sans opposer de résistance. Il y a du sadisme. Journalistes, politiciens, et militaires sont les premiers visés. C'est une guerre au sens strict du terme. Le président Calderon a fait de la lutte contre les narcos une priorité en arrivant au pouvoir au Mexique en 2006. C'est un échec cuisant. Cette guerre, il l'a perdue.

Même à l'échelle locale, les opérations sont difficiles à monter. Le maire de Cancun a chargé le général Mauro Enrique Tello de lutter contre les infiltrations de l'économie du tourisme et du transport par les cartels. Le général a voulu monter un groupe fort en impliquant la police, sans savoir qu'elle était aux ordres des trafiquants. Au bas 1700 agents travaillent pour les cartels. Quelques semaines après sa nomination, le général était torturé et tué d'une balle dans la tête.

Aux yeux de Julian Cardona , un journaliste queVulliamy a rencontré sur place, "les cartels ne sont pas la principale raison de la violence. Imagine une usine, un produit et une chaine de production. Patrons, cadres supérieurs, employés, ouvriers, comptables, manutentionnaires. Ils sont tous intégrés à un processus mails ils ne se parlent pas. Ils ne se rencontrent jamais. Dans la majorité des cas, les tueurs ne savent pas d'où vient l'ordre d'éliminer.

A partir du livre "Amexica". Ed Vulliamy, l'auteur, sera invité de Partout Ailleurs le vendredi 29 mars.

@ericvalmir sur Twitter

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Tous les jours de cette semaine, un écho d'ailleurs sur le narco trafic mexicain

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