Selon l'ONG Amnesty International, plusieurs géants de la réservation de voyages sur internet comme Airbnb, TripAdvisor, Booking et Expédia "tirent profit" de l'occupation des territoires palestiniens par Israël en proposant des hébergements et des activités dans les colonies.

Vue de la colonie de Kfar Adumim en Cisjordanie, occupée par Israël et située à 10km à l'est de Jérusalem dans le désert de Judée, ici en 2007.
Vue de la colonie de Kfar Adumim en Cisjordanie, occupée par Israël et située à 10km à l'est de Jérusalem dans le désert de Judée, ici en 2007. © AFP / Menahem Kahana

Les crimes de guerre ne constituent pas une attraction touristique” estime Seema Joshi, cadre d’Amnesty International. Dans un rapport publié le 30 janvier, l’organisation non gouvernementale (ONG) dénonce l’implantation de l’industrie du tourisme en ligne dans les colonies israéliennes.

Selon Amnesty, TripAdvisor, Booking.com et Expédia proposent plus de 150 activités, excursions, restaurants, cafés, hôtels et locations d’appartements en Cisjordanie occupée. Airbnb proposait aussi plus de 300 offres d’hébergement dans des colonies israéliennes mais l’entreprise s’est engagée en novembre 2018 à retirer toutes les offres situées dans les colonies... mais pas dans le secteur occupé de Jérusalem-Est. L’entreprise n’avait toutefois pas précisé de date pour l’application de cette décision.

“Normalisation” de l’occupation

En faisant affaire avec les colonies, ces quatre entreprises contribuent au maintien, au développement et à l'expansion des colonies illégales et en tirent profit, ce qui équivaut à des crimes de guerre en vertu du droit pénal international”, martèle l’ONG. Amnesty estime que ces entreprises participent à “normaliser” l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. 

Dans le rapport, on peut lire un certain nombre de commentaires, trouvés sur les plateformes de tourisme en ligne : 

J’ai suivi la formation au maniement des armes antiterroristes. Ça a été la meilleure expérience de mon séjour en Israël !

Des commentaires qui ressemblent à ceux que l’on peut laisser sur un logement dans le cœur de Londres ou un gîte dans le Périgord... Selon Amnesty, “le gouvernement israélien a investi dans le développement du tourisme dans les colonies” et “utilise le fait de désigner certains lieux en tant que sites touristiques pour justifier l’accaparement de terres et de maisons palestiniennes”.

Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor proposent également des offres pour faire du “camping dans le désert”. Selon Amnesty, l’armée israélienne évacue des populations palestiniennes pour laisser place à ces expériences touristiques dans les colonies. Avec des nuits proposées à plus de 200 euros aux touristes

“Complicité”

Avec leurs activités dans les colonies israéliennes, les plateformes de voyages en ligne sont, d’après Amnesty, "complices de l’État d’Israël" et contribuent “à attirer les touristes dans ces colonies de peuplement illégales”, “tirent un bénéfice de cette exploitation”, “induisent aussi en erreur leurs clients” puisque, comme le remarque l’ONG, les sites n’indiquent pas systématiquement que les offres concernées sont situées dans des colonies israéliennes. “Pour stimuler les réservations, beaucoup d'annonces dans les colonies se targuent de leur proximité avec des zones naturelles de grande beauté dans les territoires occupés, comme la mer Morte, des réserves naturelles et le désert”.

L’ONG propose aux internautes de signer une pétition pour interpeller Stephen Kaufer, PDG de TripAdvisor, et lui demander de retirer les annonces de son site.

Environ 430 000 Israéliens vivent dans les colonies en Cisjordanie, face à près de 2,5 millions de Palestiniens ; un secteur occupé depuis 1967 par Israël. Quant à Jérusalem-Est, 200.000 Israéliens résident dans cette partie annexée de la ville. Ces colonies sont aujourd’hui considérées comme “illégales” par la communauté internationale, qui les voit comme l'un des principaux obstacles à la paix entre Israël et Palestine.

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