En proposant que l’antisionisme soit intégré dans la définition de l’antisémitisme reconnue par la France, Emmanuel Macron ouvre un débat extrêmement délicat, que l'Histoire n'a jusqu'ici pas réussi à trancher.

Le mur des lamentations à Jérusalem
Le mur des lamentations à Jérusalem © AFP / Ahmad Gharabli

Cette question de l’antisionisme suscite un débat controversé et houleux depuis la proclamation de l’État d’Israël en mai 1948 par David Ben Gourion. Tout au long du XXe siècle, les juifs eux-mêmes se sont posés la question de la création de l’État d’Israël et de sa nature. Le débat est ancien : historiquement, il remonte à la fin du XIXe siècle. Le concept du sionisme est alors inventé par le journaliste Théodore Herzl.

Correspondant d’un journal autrichien à Paris, Herzl est choqué par la montée de l’antisémitisme en France à l’occasion de l’affaire Dreyfus, dont il tient la chronique. L’affaire qui divise la France en deux fait écho à des violences anti-juives en Russie et en Europe centrale. Dans son livre "Der Judenstaat" (L’État juif), Théodore Herzl en tire une conclusion radicale : n’étant plus en sécurité en Europe, y compris dans un pays comme la France, où ils étaient pourtant bien intégrés, les juifs doivent émigrer vers la terre d’Israël pour y bâtir leur propre État. "Le sioniste vient du mot 'Sion' qui depuis la destruction du premier Temple désigne Jérusalem, et apparaît de façon récurrente dans les textes de la tradition juive", écrit Ilan Greilsammer dans son livre "Le Sionisme".

Un palestinien brandit son drapeau à proximité de la frontière avec Istraël dans la bande de Gaza
Un palestinien brandit son drapeau à proximité de la frontière avec Istraël dans la bande de Gaza © AFP / Mahmud Hams

Un État juif, oui mais sur quel territoire ?  

Avec la Deuxième Guerre mondiale, l’opinion publique internationale découvre l’abomination des camps de la mort et des six millions de juifs exterminés. L’établissement d’un État pour les rescapés de la Shoah devient alors une évidence pour certains. À partir des années 50, la consolidation d’Israël et la disparition de la Palestine vont exacerber le débat sur le sionisme et l’antisionisme au fil des guerres israélo-arabes et de la colonisation juive des Territoires palestiniens. Il prend même une tournure diplomatique.

David Ben Gourion, Premier ministre israélien et son épouse sont les hôtes à déjeuner du Président de la République Charles de Gaulle et de madame Yvonne de Gaulle le 14 juin 1960 lors de leur voyage en France.
David Ben Gourion, Premier ministre israélien et son épouse sont les hôtes à déjeuner du Président de la République Charles de Gaulle et de madame Yvonne de Gaulle le 14 juin 1960 lors de leur voyage en France. © AFP

Au grand dam d’Israël, l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 3379 le 10 novembre 1975 qui considère que "le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale". Ce texte sera révoqué par la même Assemblée générale de l’ONU le 16 décembre 1991.

Macron invite "Bibi" à la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv’

Quelques décennies plus tard, et quelques semaines après son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron reçoit Benjamin Netanyahou à Paris et l’invite à participer aux commémorations de la rafle du Vel' d’Hiv’ le 16 juillet 2017. C’est la première fois sous la Ve République que le président décide d’associer un premier ministre israélien à cette cérémonie du souvenir. Dans son discours du Vel’ d’Hiv’, Emmanuel Macron glisse une phrase que jamais avant lui un président français n’a prononcée : "nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme". 

Emmanuel Macron invite Benjamin Netanyahou, le premier ministre israélien à la commémoration de la rafle du Vel' d'hiv', le 16 juillet 2017
Emmanuel Macron invite Benjamin Netanyahou, le premier ministre israélien à la commémoration de la rafle du Vel' d'hiv', le 16 juillet 2017 © AFP / Kamil Zihnioglu

Dans son livre "Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron", le journaliste et écrivain Dominique Vidal s’interroge sur cette prise de parole au Vel’ d’Hiv’ : le chef de l’Etat ne voit-il pas "le risque recelé par la confusion entre les Juifs français et Israël ?" Pour lui, Emmanuel Macron a commis là "une erreur historique, car l’antisionisme a été et reste le positionnement de nombreux Juifs, qui ne considèrent pas que leur place soit en Israël. Comment pourrait-on leur coller l’étiquette infamante d’antisémitisme ?"

Lors du dîner annuel du CRIF, Emmanuel Macron a voulu désamorcer les critiques _: "Il ne s’agit pas de modifier le code pénal, encore moins d'empêcher ceux qui veulent critiquer la politique israélienne de le faire, non. Il s’agit de préciser et raffermir les pratiques de nos forces de l’ordre, magistrats, enseignants, de leur permettre de mieux lutter contre ceux qui cachent derrière le rejet d’Israël, la négation même de l’_existence d’Israël, la haine du juif." Ce débat est loin d’être clos parce qu’il mêle des concepts politiques –le sionisme et l’antisionisme- et l’antisémitisme réprimé par la loi.

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