La Tanzanie et le Kenya commémorent, mardi 7 août, les 20 ans des attentats de Dar es Salaam et de Nairobi. Le bilan est lourd ce jour là : plus de 200 morts et des milliers blessés. Oussama Ben Laden est à l'origine de ces attaques. Elles marquent la naissance de l'organisation terroriste Al-Qaïda.

Un salafiste palestinien détenant un drapeau affilié à Al-Qaïda lors d'une manifestation contre un film se moquant de l'islam, à Rafah, en septembre 2012.
Un salafiste palestinien détenant un drapeau affilié à Al-Qaïda lors d'une manifestation contre un film se moquant de l'islam, à Rafah, en septembre 2012. © AFP / SAID KHATIB

Le 7 août 1998, à quelques minutes d'intervalles, l'organisation terroriste Al-Qaïda commet deux attentats. L'un à Dar Es Salaam en Tanzanie, l'autre à Nairobi, au Kenya. Deux puissantes bombes placées dans des camions explosent faisant 224 morts et plus de 5 000 blessés, essentiellement des Africains. Ces deux attentats marquent l'apparition d'Oussama Ben Laden, chef d'Al-Qaïda, sur la scène internationale et constituent un tournant dans l'histoire du terrorisme dans le monde. 

Selon le livre de Lawrence Wright La guerre cachée ("The looming tower" en anglais), Oussama Ben Laden justifie le choix de ses cibles - les ambassades américaines de Tanzanie et du Kenya - pour plusieurs raisons. Il dénonce le déploiement de soldats américains en Somalie dans les années 1990 et le plan américain de partition du Soudan. Mais sa motivation principale reste néanmoins d'"attirer les États-Unis en Afghanistan" selon l'auteur du livre. 

2011 : l'apogée d'Al-Qaïda 

Trois ans après, le 11 septembre 2001, à New-York et à Washington, Al-Qaïda secoue le monde entier avec les attentats les plus meurtriers de l'Histoire. Oussama Ben Laden fait entrer le terrorisme islamique dans la mondialisation. Désormais le djihad s'attaque à l'ennemi lointain : les États-Unis et l'Occident. Ils sont coupables, selon Al-Qaïda, de soutenir les dirigeants du monde arabo-musulman. 

Cet événement marque l'apogée de l'organisation terroriste. Durant les années qui suivent, le président américain George Bush va, en effet, s'atteler à combattre cette organisation. Il lance la "guerre contre le terrorisme". Les opérations militaires américaines s'intensifient, notamment en Afghanistan, en Irak et au Pakistan. Pendant dix ans, Oussama Ben Laden va être traqué par les États-Unis et son organisation va être fortement diminuée. Il est tué par un commando américain le 2 mai 2011, à Abbottabad, au Pakistan.  

Les "franchises" d'Al-Qaïda

Durant cette décennie de traque, Al-Qaïda va tout de même continuer à s'étendre via de nouvelles formations terroristes. Du Sahel en passant par la péninsule arabique jusqu'en Asie, des branches de l'organisation terroriste voient le jour ainsi que de nombreux groupuscules. 

L'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) est née en 2007, en Algérie. Cette organisation terroriste est une émanation du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat). Son affiliation au réseau d'Al-Qaïda a été approuvée par Oussama Ben Laden lui-même. Aqmi sévit dans le nord-ouest de l'Afrique, au Sahel. Il y a un peu plus d'un an, en janvier 2017, Aqmi faisait 60 morts lors d'un attentat suicide, à Gao, principale ville du nord du Mali. Au même moment Marc Mémier, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI), estimait à 500 le nombre d'hommes affiliés à Aqmi au Sahel. 

L'autre tentacule d'Al-Qaïda se trouve dans la péninsule arabique et se nomme Aqpa (Al-Qaïda dans la péninsule arabique). Ce groupe terroriste basé au Yémen est apparu en 2009. Il est issu de la fusion des branches saoudienne et yéménite d'Al-Qaïda. Depuis 2011, Aqpa profite de l'affaiblissement du pouvoir yéménite et du chaos qui règne dans le pays pour renforcer son emprise sur ce territoire. Bien que ses actions soient souvent déjouées, Aqpa reste à l'origine de nombreuses tentatives d'attentats. Comme celle de 2009 où l'organisation a tenté de faire exploser un vol entre Amsterdam et Détroit. Ou encore l'échec de l'envoi d'un colis piégé aux États-Unis, en 2010. L'une de leur réussite reste cependant la tuerie de Charlie Hebdo, début janvier 2015, où les frères Kouachi, auteurs de cet attentat se sont revendiqués d'Aqpa.

En Asie, l'organisation Aqsi (Al-Qaïda dans le sous-continent indien) est présente en Afghanistan, au Pakistan, en Inde, en Birmanie et au Bangladesh, là où elle la plus présente. En 2015, elle est responsable de l'assassinat de plusieurs blogueurs, éditeurs et militants gays au Bangladesh. Aqsi et l'organisation terroriste bien connue sous le nom d'État islamique (EI), se livrent également une compétition dans la chasse aux laïcs qui a commencé depuis 2013. Cette année-là des milliers de militants sont descendus dans la rue pour réclamer la mort d'islamistes reconnus coupables de crimes contre l'humanité pendant la guerre d'indépendance en 1971.  

L'EI fait de l'ombre à Al-Qaïda

L'apparition de l'État islamique (EI), en 2013, détourne l'attention du public d'Al-Qaïda. L'EI a conquis de larges territoires en Irak et en Syrie. Cette organisation terroriste est plus cruelle, plus violente, novatrice sur le plan de la communication et attire des milliers de volontaires internationaux. Cependant, avec la récente perte d'une grande partie de ses territoires, l'EI s'affaiblit. Après Mossoul et Raqqa, la ville d'Hawija, l'un de ses derniers bastions est tombée en octobre 2017. 

Même si l'EI a, pour un temps, pris l'ascendant sur son rival Al-Qaïda, les services de renseignement s'accordent à dire que cette dernière représente toujours une menace. Agissant dans l'ombre, Al-Qaïda a pris le temps ces dernières années de renforcer son réseau. Dans un rapport de janvier 2018, plusieurs observateurs de l'ONU ont conclu qu'Al-Qaïda reste "remarquablement résistant". "Les groupes liés à Al-Qaïda restent les principales menaces terroristes dans certaines régions comme la Somalie et le Yémen", précisent les observateurs. 

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