Avec le départ des 73 britanniques et l’arrivée de 27 nouveaux eurodéputés, pour sa première session plénière post-Brexit, le Parlement de Strasbourg penche un peu plus à droite et à l’extrême droite, mais la majorité pro-européenne demeure.

Au Parlement de Strasbourg, le PPE et les eurosceptiques sortent plus forts du Brexit.
Au Parlement de Strasbourg, le PPE et les eurosceptiques sortent plus forts du Brexit. © Parlement européen

On les a surnommés les eurodéputés "Picard" ou "gelés". Élus au mois de mai dernier, comme le reste de leurs collègues, ils étaient "en réserve", en attendant le départ officiel des Britanniques. Ils ont fait ce lundi 10 février 2020 leur rentrée officielle dans l'hémicycle, pour leur première session parlementaire à Strasbourg.

La France renforce sa position

73 eurodéputés britanniques ont fait leurs valises mais 27 seulement sont remplacés, les autres sièges étant conservés vacants pour un éventuel élargissement de l’Union européenne à d’autres pays. Et seuls les États qui étaient numériquement sous-représentés au regard de leur population ont de nouveaux élus. 

La France est de ceux-là. Elle récupère donc cinq sièges. Les sociaux-démocrates accueillent Nora Mebarek et les écologistes Claude Gruffat. Deux élus La République en marche (LREM), Ilana Cicurel et Sandro Gozi, siègeront dans le groupe centriste Renew. Un renforcement qui met la délégation française de la majorité présidentielle au même niveau que le Rassemblement national, qui, lui, accueille un seul nouveau, Jean-Lin Lacapelle.

23 chez Renew, 23 au RN... Une petite victoire pour Ilana Cicurel : 

C’est quelque chose de fort, je suis face à cela en posture combattante, avec l’envie de construire une Europe sur ses deux jambes : la prospérité économique, mais une prospérité partagée qui ne laisse personne au bord de la route !

L’influence de son groupe se mesurera aussi aux postes occupés. Les élus macronistes espèrent récupérer la présidence de la Commission pêche au Parlement, préalablement occupée par un Britannique. Cette commission jouera un rôle-clef dans la négociation sur la future relation avec le Royaume-Uni.

À l’échelle européenne, c’est le PPE qui rafle la mise numériquement en renforçant son groupe. La famille politique de droite et de centre-droit gagne cinq sièges et, avec 187 élus, demeure incontournable pour former des majorités. 

Les sociaux-démocrates perdent 6 sièges mais restent la deuxième force politique. 

Le départ de 11 britanniques "Lib dem" (Liberal Democrats) ne fait pas reculer les centristes du groupe Renew, qui conservent leur troisième rang.

Un Parlement moins vert 

Du côté des eurosceptiques,  les plus "bruyants", les élus britanniques du Parti du Brexit de Nigel Farage, qui consacraient une partie de leur temps de parole à vociférer contre l’Union européenne, ont quitté le Parlement, mais ils étaient non-inscrits. Leur départ ne fait donc pas mécaniquement baisser le poids des groupes eurosceptiques.

Au contraire, même, puisque le parti dans lequel siègent les élus du Rassemblement national et de la Ligue de Matteo Salvini se trouve renforcé avec l’arrivée de cinq nouveaux. Ce groupe, baptisé "Identité et Démocratie", ravit même la place de quatrième groupe politique aux écologistes et régionalistes du groupe des Verts/ALE.

Jean-Lin Lacapelle, un proche de Marine Le Pen, bien déterminé à transformer de l’intérieur cette Europe afin d’en faire, dit-il, "une grande Europe des nations libres, indépendantes et souveraines", se réjouit :

“Nous devenons le principal groupe d’opposition dans l’hémicycle.”

En termes d’influence, même si le "cordon sanitaire" mis en place par les groupes pro-européens autour des eurosceptiques leur bloque l’accès à certaines responsabilités dans les Commissions parlementaires, ce nouveau rang pourrait les servir politiquement dans le cadre de la distribution des temps de parole ou l’obtention de rapports parlementaires.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.