une exécution en arizona a duré près de deux heures
une exécution en arizona a duré près de deux heures © reuters

L'agonie d'un condamné à mort, pendant près de deux heures hier dans l'Arizona, relance le débat sur la peine de mort par injection aux Etats-Unis.

117 minutes - au lieu d'une dizaine - entre l'injection et la mort du prisonnier. Joseph Wood, 55 ans, était condamné pour le double meutre de son ex-petite amie et de son père, perpétrés en 1989.

Son avocat, Dale Baich, a même déposé un recours en urgence devant la Cour suprême pour arrêter cette exécution qui s'éternisait :

Il a haleté, grogné, suffoqué et cherché sa respiration pendant environ une heure et quarante minutes. (...) L'Arizona semble avoir rejoint plusieurs autres Etats irresponsables dans une horreur qui était absolument prévisible

Car ce n'est pas la première fois que la situation se produit. Fin avril, un prisonnier était mort 43 minutes après l'injection fatale dans l'Oklahoma. Il avait longuement agonisé, selon les personnes présentes sur place. Les exécutions avait alors été stoppées dans tout le pays, avant de reprendre progressivement, sauf dans l'Oklahoma.

Des produits inefficaces

Reponsables de cette lente agonie, le cocktail de produits de l'injection létale. Le mélange était le même que celui utilisé lors d'une autre exécution contestée, en janvier dans l'Ohio, où le condamné avait gémi pendant 26 minutes : un anesthésiant, le Midazolam, combiné à un dérivé de la morphine, l'Hydromorphone.

Le problème, c'est que le thiopental , barbiturique traditionnellement utilisé pour les exécutions, est tombé en rupture de stock lorsque le seul fabricant américain a décidé d'en arrêter sa production début 2011. Ce laboratoire souhaitait faire fabriquer ce produit dans son usine italienne, mais les pays de l'Union européenne se sont opposés à fournir des produits pouvant être employés dans le cadre de la peine capitale.

Le thiopental a alors été remplacé par le pentobarbital , autre barbiturique fourni par une entreprise danoise. Mais le laboratoire a également cessé la production de ce produit, refusant qu'il soit utilisé pour des condamnations à mort. Plusieurs Etats américains, dont le Texas, se sont retrouvés en situation de pénurie.

Ainsi, beaucoup utilisent désormais des préparations médicamenteuses, réalisées sur mesure par des préparateurs en pharmacie et non soumises au contrôle fédéral . En mars, le Texas annonçait avoir trouvé un nouveau fournisseur de pentobarbital, dont il refuse de donner le nom.

Le débat sur l'injection létale relancé

En Arizona comme dans bien d'autres Etats, on ne peut connaître ni les produits utilisés, ni leur origine, ni leur méthode de fabrication, ni les qualifications du personnel chargé de les injecter. Et donc les souffrances potentielles.

Aux Etats-Unis, le 8ème amendement de la Constitution condamne les peines cruelles. Au cours de ses dernières 24 heures, Joseph Wood avait ainsi multiplié les recours pour contester le voile du secret entourant la procédure d'injection.

Le président de la Cour d'appel de l'Arizona, Alex Kozinski, avait estimé lundi que Joseph Wood ne pouvait pas être mis à mort tant que perdurerait ce secret, et suspendu temporairement son exécution.

Il ajoutait que l'injection létale, "trompeuse", était à même de masquer "la brutalité des exécutions en leur donnant un air serein et paisible".

Car suite à la multiplication des incidents ces derniers mois, l'utilisation de l'injection létale pour mettre à mort les condamnés fait de plus en plus polémique aux Etats-Unis.

Evoquant le "calvaire" de Joseph Wood, Diann Rust-Tierney, de la Coalition nationale pour abolir la peine de mort, s'indigne :

Les Américains en ont marre de cette barbarie. Nous sommes tout simplement incapables de mettre en oeuvre la peine capitale de manière humaine

L'utilisation de la peine capitale recule dans le pays, au profit de la prison à perpétuité. On comptait 39 condamnés à mort en 2013 contre 46 en 2010, selon le rapport annuel du Centre d’Information sur la Peine de Mort, à Washington. D'après l'institut de sondage américain Gallup, la peine de mort n’est aujourd'hui soutenue que par 60 % des Américains, contre 80 % il y a vingt ans.

25 Etats sur les 50 que comptent les Etats-Unis ont déjà aboli ou suspendu la peine de mort.

Réécoutez l'invitée du 13 heures : Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty international France, au micro d'Antoine Marette

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