De manière exceptionnelle, le Département de Sécurité intérieure américain a émis une alerte sur des menaces d'attentat envers des élus. Les militants d'extrême droite prépareraient d'autres actions, après celle sur le Capitole à Washington le 6 janvier dernier.

Le 17 janvier 2021, les membres sur-armés de milices d'extrême-droite ont manifesté aux États-Unis contre le gouvernement et l'élection de Joe Biden
Le 17 janvier 2021, les membres sur-armés de milices d'extrême-droite ont manifesté aux États-Unis contre le gouvernement et l'élection de Joe Biden © AFP / Mathieu Lewis-Rolland

Le département de la Sécurité intérieure (l'équivalent du ministère de l'Intérieur français) avait été critiqué pour ne pas avoir averti des risques d'insurrection de groupes pro-Trump lors de la séance de validation des résultats de la présidentielle, le 6 janvier dernier. S'en était suivi un mouvement très organisé, et des centaines de manifestants envahissant le Capitole avec une violence inouïe.

Cette fois-ci, les autorités rendent leur avertissement public via un communiqué mis en ligne. Dans une annonce peu habituelle, le Département de Sécurité intérieure met en garde : ce qui s'est passé le 6 janvier dernier et qui a fait cinq morts, de nombreux blessés et d'importants dégâts sur le Capitole, risque fort de ne pas être un acte unique et isolé. Pour la première fois en effet, les autorités affirment que le pays doit faire face à une menace grandissante de la part d'extrémistes violents, regonflés par l'attaque du Capitole.

Même si aucun nom de groupe n'a été donné, la motivation des personnes visées reste claire : enragées par "la transition présidentielle", elles sont "encouragées par de fausses informations” peut-on lire, ce qui laisse clairement penser aux milices d'extrême-droite, et fait référence aux accusations de faux résultats électoraux faites par Donald Trump lui-même.

“Nous sommes inquiets de voir que les mêmes thèses menant à la violence persistent en ce début 2021."

Le Département de sécurité intérieure affirme ne pas avoir d'information sur un complot précis mais un membre des services du renseignement ayant participé à l'élaboration du communiqué déclare au New York Times :

"L'investiture pacifique de Joe Biden la semaine dernière a pu donner un faux sentiment de sécurité, mais l'intention de violence n'a pas disparu chez les extrémistes en colère contre l'issue de l'élection présidentielle."

Sous l'administration Trump, peu d'informations étaient rendues publiques par le Département sur de potentiels dangers causés par des extrémistes et des groupes de suprématistes blancs, par peur de contrarier Donald Trump, selon plusieurs officiels cités dans le New York Times.

Joe Biden prend le risque très au sérieux

De son coté, Joe Biden a demandé au FBI de travailler avec le Département de Sécurité intérieure et les services de renseignements dans les enquêtes sur la mouvance extrémiste, un signe que la nouvelle administration prend le sujet très au sérieux. D'ailleurs, lors de sa confirmation au Sénat, la nouvelle directrice du renseignement national a affirmé qu'elle se plierait à cette demande.

Le terrorisme intérieur et les groupes violents sont un sujet épineux pour les agences du renseignement comme la CIA, qui ne peuvent enquêter que sur les interventions aux États-Unis de gouvernements ou organisations étrangères. Le FBI et le département de Sécurité intérieur, quant à eux, ont plus de marge de manœuvre pour enquêter sur des groupes américains sur le sol américain.

Charlottesville, là où tout a commencé 

La manifestation d’extrémistes de Charlottesville, en Virginie en 2017, où Donald Trump a dit qu'il y avait "des gens bien des deux cotés", a marqué le commencement d'un mouvement qui s'est amplifié au fil du temps. Cette décomplexion à descendre dans les rues, armé jusqu'aux dents, sans être condamné par le Président, a marqué un  tournant. Lorsque les manifestations réclamant plus de justice raciale ont éclaté en 2020, son message a consisté à pointer du doigt l'extrême-gauche, l'accusant de violence, dénonçant les "antifas" sans preuve. L'extrême-droite s'est alors sentie soutenue, voire encouragée.

Certains anciens officiels de l'administration Trump affirment même que la Maison Blanche supprimait les termes "terrorisme intérieur" de ses échanges.
 

Un homme voulait "partir en guerre contre les démocrates pour maintenir Trump au pouvoir"

En Californie, un homme persuadé que Donald Trump a remporté l'élection a ainsi été arrêté au début du mois. Âgé de 44 ans, ce garagiste possédait 49 armes de poing et cinq bombes. Les enquêteurs ont retrouvé dans son téléphone des messages démontrant “sa conviction que Donald Trump avait bel et bien remporté l'élection et son intention d'attaquer les démocrates afin de maintenir Trump au pouvoir”. Selon un agent du FBI cité par le Los Angeles Times,  l'homme visait en premier le gouverneur de Californie Gavin Newsom.