Au lendemain de la découverte du corps de Jeffrey Epstein dans la cellule de sa prison new-yorkaise, beaucoup de questions, et de commentaires perplexes s'échangent sur les circonstances de sa mort. Demandes d'enquêtes et théories sur un suicide organisé pour le faire taire, chacun s'interroge.

 Courtney Wild, l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein, au palais de justice  le 15 juillet 2019 à New York
Courtney Wild, l'une des victimes présumées de Jeffrey Epstein, au palais de justice le 15 juillet 2019 à New York © AFP / JOHANNES EISELE

Suicidé, parce que "lâche"

Les réactions les plus vives concernent les victimes présumées de Jeffrey Epstein et leurs défenseurs. Du côté de ces femmes, l'annonce de son suicide a semé la colère.

"Jeffrey Epstein s’est suicidé parce qu’il était trop lâche pour faire face à la justice", selon Alicia Arden, l'ancien mannequin de la marque Victoria's secret, qui l'avait accusé d'agression sexuelle . 

Jennifer Araoz, qui dit avoir été violée à 15 ans par Epstein, s'est dit "en colère", et Virginia Giuffre, qui a accusé Epstein et sa compagne Ghislaine Maxwell de l'avoir contrainte à des relations sexuelles avec des hommes, a déclaré, selon Mike Baker, journaliste au New York Times. : "nous avons travaillé si dur pour arriver ici, et il nous a aussi volé ça".

Jack Scarola, qui représente plusieurs plaignantes, est furieux : "Impensable", dit-il, "de laisser Epstein se suicider avant son procès. Parmi les victimes, pas une, actuellement, ne pleure sa mort, mais c'est comme si, une fois encore, la justice les avait abandonnées. Parce qu’elle les a privées de l’opportunité de le voir comparaître, en bonne et due forme, pour tous ses crimes".

Il est allé plus loin en déclarant : "Il est inexplicable qu'une personne aussi connue sous surveillance peut se suicider sans aide" rajoutant, "il existe des co-accusés (conspirateurs) nommés et non nommés qui doivent traduits en justice". 

C’est vers eux que les victimes de Jeffrey Epstein pourraient désormais se tourner.

Théorie du complot et du faux suicide

Pour l'heure, on ne connaît pas les causes de la mort d'Epstein. Les internautes se sont tous interrogés sur ce "suicide apparemment", qui arrangera les affaires des personnes impliquées dans ce réseau criminel de commerce de jeunes filles. 

Sur Twitter notamment, certains ont estimé que cela ferait l'affaire de Bill Clinton, qui a si souvent emprunté l'avion privé d'Epstein. 

Donald Trump a emboîté le pas de ces tenants du complot pour faire taire Epstein. Le président américain a partagé le message d'un humoriste américain, Terrence K.Williams. Celui-ci dénonce ceux qui désignent Trump comme complice du trafic sexuel d'Epstein. Pour lui, Epstein détenait des informations compromettantes sur Bill Clinton, et c'est pour cela qu'il serait mort en cellule, par "suicide". Sa mort protégerait donc l'ancien président. 

Interrogations sur la surveillance

L’établissement dans lequel il était détenu, situé dans le Lower Manhattan, est considéré comme l’une des prisons fédérales les plus sûres du pays. 

Sans parler de faux suicide, le Miami Herald, le journal qui a révélé l'ampleur des méfaits présumés de l'homme d'affaires, a publié dès après l'annonce de la mort d'Epstein, un article sur les différentes mesures de surveillance, parfois inefficaces, dans les prisons américaines, pour les détenus risquant de se suicider.

Le journal a constaté, dans un autre article, que "pratiquement tous ceux qui connaissaient le cas d’Epstein ont la même question : comment un détenu très en vue, impliqué dans un vaste réseau de trafic sexuel d’enfants, pourrait-il se tuer, quelques semaines à peine après ce qui ressemblait beaucoup à une tentative antérieure ?". 

En fait il semblerait qu'Epstein n'était pas sous surveillance maximale au moment où il est mort. La procédure à laquelle il était soumis reste à éclaircir. 

Néanmoins, le ministre de la Justice William Barr s'est dit "effaré", et a estimé que cela  "pose de graves questions". Il a annoncé que l'inspection générale du ministère allait enquêter parallèlement au FBI.  Le sénateur du Nebraska Ben Sasse lui a écrit, estimant qu'Epstein aurait dû "se trouver dans une pièce rembourrée sous une surveillance constante 24 h / 24 et 7 j /7." 

Si Jeffrey Epstein emporte ses secrets dans sa tombe, d'autres les ont partagés avec lui, et parleront peut-être. Lisa Bloom, avocate de certaines des accusatrices, affirme que tout n’est pas terminé avec la mort du milliardaire. "Je demande aujourd’hui à ce que tous ses avoirs soient gelés, qu’ils ne soient pas dispersés, mais conservés, afin que ses victimes puissent recevoir des indemnités, à la hauteur des blessures à vie qu’il leur a causées", explique la juriste.

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