En Italie, le résultat des législatives a montré une percée historique des forces antisystème, eurosceptiques et d'extrême droite, et impose ainsi un bouleversement de la donne politique du pays, dans la lignée du Brexit britannique.

Un bureau de vote près de Pise, le 4 mars 2018.
Un bureau de vote près de Pise, le 4 mars 2018. © AFP / Enrico Mattia Del Punta / CrowdSpark

Le résultat des législatives italiennes qui se sont déroulées ce week-end a été marqué à la fois par le rejet de la vieille classe politique, mais aussi l'exaspération face au marasme économique et les tensions autour des migrants. Avec ce scrutin sans appel, l'Italie s'inscrit dans la lignée du Brexit, de la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et de la poussée de l'extrême droite ailleurs en Europe. 

"Pour la première fois en Europe, les forces antisystème l'emportent" écrit la Stampa, au lendemain du scrutin.

La coalition formée par Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) et le petit parti Fratelli d'Italia (Frères d'Italie), obtient certes quelque 37% des voix, selon des résultats partiels portant sur 73% des bureaux de vote. 

Élections législatives en Italie
Élections législatives en Italie © AFP / Alain BOMMENEL, Thorsten EBERDING

Mais à l'intérieur de cette coalition, c'est la formation eurosceptique et anti-immigration de Matteo Salvini, proche du Front national (FN) français, qui est en tête, ce qui pourrait obliger le vieux milliardaire à se ranger derrière son jeune allié s'il y avait moyen de former un gouvernement.  Mais cette perspective est mise à mal par la percée historique du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), qui devient le premier parti du pays avec un score dépassant pour l'instant les 31%. 

"Les Italiens d'abord"

Matteo Salvini, qui a transformé l'ancienne Ligue du Nord sécessionniste en une formation souverainiste, a martelé de son côté un discours anti-immigration et méfiant à l'égard de Bruxelles, qui semble avoir porté dans un pays en proie à l'euroscepticisme et qui a vu débarquer près de 700.000 migrants depuis 2013.  "Les Italiens d'abord", "Stop à l'invasion", ...les affiches électorales au siège de la Ligue à Milan (nord) rappelaient dimanche ces grands thèmes d'une campagne qui a aussi vu l'affirmation de mouvements néofascistes et des tensions, parfois même des violences, avec des militants d'extrême gauche. Matteo Salvini, sitôt les résultats connus, a aussitôt remercié ses électeurs sur Twitter : 

Résonances européennes

A l'étranger, Marine Le Pen, présidente du FN, a adressé via Twitter ses "chaleureuses félicitations" à M. Salvini, estimant que sa "progression spectaculaire" était "une nouvelle étape du réveil des peuples". Nigel Farage, ex-chef de l'Ukip, parti pro-Brexit en Grande-Bretagne, a pour sa part félicité sur Twitter ses "collègues" du M5S. 

Ce mouvement, fondé par le comique Beppe Grillo en 2009, avait déjà créé la surprise en raflant 25% des voix aux dernières législatives de 2013, et s'assure une position centrale dans le futur Parlement. 

Aucune forme de gouvernabilité 

Le Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi et du gouvernement sortant a de son côté enregistré dans les urnes une baisse plus forte que redouté, avec environ 19% des voix, selon les résultats partiels, soit moins de la moitié des 40% obtenus aux élections européennes de 2014. 

C'est d'ailleurs l'ensemble de la gauche qui boit la tasse. Les frondeurs de Liberi e uguali (libres et égaux, gauche), sont à peine au-dessus du seuil des 3% nécessaires pour entrer au Parlement. 

L'absence probable de majorité pour la coalition de droite comme pour le M5S contraint les leaders politiques italiens à des calculs et des tractations, qui s'annoncent longs et complexes. 

Une alliance "antisystème" entre le M5S et la Ligue semble la seule susceptible d'obtenir une majorité parlementaire. Mais les dirigeants des deux formations ont jusqu'à présent catégoriquement rejeté cette éventualité, et une partie de leurs troupes pourraient avoir du mal à suivre s'ils changent d'avis. 

Il appartiendra donc au président italien, Sergio Mattarella, de démêler l'écheveau dans les semaines qui suivent pour de confier un "mandat exploratoire" à celui ou celle qui lui paraîtra en mesure d'obtenir une majorité. 

Mais ces consultations politiques officielles ne s'ouvriront pas avant la fin du mois au plus tôt, après l'élection des présidents des deux chambres, ouvrant une nouvelle période d'instabilité en Italie, qui pourrait déboucher à terme sur de nouvelles élections. 

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