C'est un coup de force de la part du tout nouveau gouvernement italien : refuser à l'Aquarius, navire humanitaire immatriculé à Gibraltar, d'accoster dans un port italien. L'Espagne a accepté de l'accueillir, Malte de le ravitailler. Un voyage plus long et difficile pour l'équipage et les centaines de migrants à bord.

L'Aquarius, navire humanitaire, dans le port de Salerne (Italie) le 26 mai 2017
L'Aquarius, navire humanitaire, dans le port de Salerne (Italie) le 26 mai 2017 © Maxppp / Roberta Basile / IPA

Tout a commencé vendredi, avec le départ de Catane (Sicile) pour une nouvelle mission de sauvetage dans les eaux internationales. En deux jours, l'Aquarius effectue six opérations sur place : deux directement (dont le sauvetage de 229 personnes pendant une dizaine d'heures samedi soir, avec plusieurs noyés suite au naufrage d'une des embarcations), et quatre autres par transbordement, autrement dit des migrants sauvés par d'autres navires, qui les ont confiés à l'Aquarius. Ironiquement, ces transferts de passagers ont été supervisés par la marine civile et les gardes-côtes... italiens.

Au total, ce sont 629 personnes qui grimpent à bord de l'Aquarius (dont 123 mineurs non accompagnés), un navire censé en accueillir 500, sans savoir qu'ils débarquent en plein imbroglio européen. Car ce dimanche, l'Italie a fermé la route du retour, en refusant que le navire puisse accoster dans l'un de ses ports, et en demandant à Malte de prendre le relais. Panique à Malte, où le gouvernement refuse aussi de recevoir le navire (tout en estimant "agir en pleine conformité avec ses obligations internationales"), mais aussi dans certains ports italiens, comme Naples ou Palerme, qui menacent de braver cette interdiction et d'accueillir le navire malgré l'interdiction de Rome.

Urgence diplomatique et humanitaire

Panique aussi au niveau européen : la Commission européenne, puis le gouvernement allemand, appellent à régler ce bras de fer méditerranéen pour éviter tout drame humanitaire. S'il n'y a aucune urgence médicale à bord (à l'exception d'une personne blessée par balle), les réfugiés sont déshydratés, et parfois victimes de brûlures.

Lundi, l'Espagne règle en partie le problème, et autorise l'Aquarius à gagner le port de Valence, sur la côté est du pays. Ce qui pose un dernier problème, purement géographique : contrairement à l'Italie, bien plus proche, l'Espagne est à trois jours de navigation (690 miles, soit un peu plus de 1100 km). L'Aquarius, toujours à l'arrêt, aura donc besoin d'un ravitaillement pour y parvenir, puisque selon l'ONG SOS Méditerranée, qui a affrété le navire, il n'y aura d'ici 24 heures "plus de nourriture, sauf des biscuits énergétiques". Malte assure de son côté vouloir envoyer des ravitaillements au navire avant le départ vers sa nouvelle destination.

Un détour stratégiquement gagnant aussi pour le gouvernement italien : s'il faut trois jours à l'Aquarius pour atteindre l'Espagne, il lui faudra aussi longtemps pour revenir en zone de sauvetage. Ce mardi matin, le président de l'Assemblée de Corse, Gilles Simeoni, a indiqué qu'il était prêt à accueillir le navire dans un port de l'île de beauté.

L'impasse semble donc, pour l'instant, dépassée, mais la question de la suite va rapidement se poser pour tous les autres pays européens. Sur la zone de secours, l'Aquarius est aujourd'hui seul à encore agir : la plupart des autres navires humanitaires ont été arraisonnés, notamment par les autorités italiennes. Les tentatives de traversées, elles, ne s'arrêtent toujours pas.

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