S'il y a bien une chose que la monarchie saoudienne déteste par dessus tout, c'est le désordre. La chute de Moubarak a surpris et chagriné Riyad. Pour le reste, la direction saoudienne est perplexe devant les bouleversements en cours, envoyant ses chars à Bahrein mais attisant la révolte en Syrie.

Saoud Al-Fayçal, le ministre des affaires étrangères, l'avait dit à Edouard Balladur quand celui-ci était passé dans le royaume pour parler du partenariat de Deauville décidé par le G8 en mai 2011: " je sais que vous, vous aimez ça ces printemps arabes, on en parle beaucoup dans les médias, sachez que pour nous, ça ne veut rien dire. On ne sait pas si ce sera un hiver ou un automne, je n'en sais rien. Concrètement, cela veut dire que ces pays vont devoir trouver une nouvelle stabilité."

Pour l'opposant saoudien, Ali Al-Ahmed, directeur de l'Institut pour les affaires du Golfe à Washington, de passage à Paris, l'Arabie saoudite est, elle aussi, travaillée par des forces internes. "Le printemps arabe va bientôt arriver" , prédit-il. Beaucoup d'indicateurs sont au rouge : chômage, inflation, services de base médiocres, mais surtout pauvreté en hausse qui toucherait entre 4 et 6 millions de personnes sur une population de 28 millions d'âmes. Signe inquiétant : la nette augmentation du suicide chez les jeunes.

Il y a aussi la question chiite. Dans les régions orientales où se trouve le pétrole, "les jeunes n'ont plus peur, poursuit Ali Al-Ahmed.Ils veulent de la dignité et un emploi. Ils se fichent de l'Iran." Les manifestations sont quasi quotidiennes mais très peu médiatisées. L'un des sujets qui envenime le climat, c'est la question des prisonniers politiques qui seraient 3 600 dans les geôles saoudiennes.

Dans ce climat tendu, Ali Al-Ahmed dépeint une famille royale minée par les divisions, notamment par les ambitions de la nouvelle génération de princes qui veulent le pouvoir. Ces princes qui ne pensent qu'argent, business et terrains à bâtir... et qui, selon Ali Al-Ahmed, ne souhaitent en aucun cas réformer le royaume.

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