Les Saoudiens envoient ces dernières années des signes de changements. Le prince actuel a-t-il réellement envie de réformer son pays ou se contente t-il de gestes symboliques ?

La société saoudienne évolue malgré le poids du Wahhabisme.
La société saoudienne évolue malgré le poids du Wahhabisme. © AFP / Mikhail Voskresenskiy

"La modernisation de l'autoritarisme", c'est ainsi que Stéphane Lacroix, spécialiste de l'Arabie saoudite qualifie les orientations de l'actuel pouvoir saoudien. L'homme fort du pays, le prince Mohammed Ben Salman, qui a su écarter tous les autres héritiers de la monarchie saoudienne, a certes enfin permis aux femmes de conduire mais quelques jours auparavant, il a aussi jeté en prison des dizaines de personnes venus d'horizon très divers : libéraux, chefs d'entreprises, islamistes... Le point commun de tous ces hommes est d'être soupçonnés de servir les intérêts du Qatar, nouvel ennemi juré des Saoudiens.

La peur de ne pas contrôler l'islam politique et ses leaders pourtant chaleureusement accueillis pendant des décennies, la haine des chiites et du voisin iranien largement exprimée lors du conflit au Yémen, sont autant de "raisons" de réprimer et d’emprisonner divers opposants dans ce bastion du wahhabisme.

Mais le Prince doit par ailleurs montrer patte blanche et convaincre les investisseurs, notamment occidentaux, que son pays est en phase de modernisation. Les firmes étrangères sont attendues dans ce pays qui ne vivra pas toujours de sa rente pétrolière. Et pour que les entreprises investissent, les Saoudiens sont "condamnés" aux changements, qu'ils soient cosmétiques ou profonds.

Dans son projet "Vision 2030", "rédigé avec l'aide d' un cabinet américain", comme l'explique Stéphane Lacroix dans la revue XXI, "Mohammed Ben Salman argue de la nécessité de mettre l’État et la société en ordre de bataille".

L'Arabie saoudite ne sera pas éternellement une théocratie vivant de rentes pétrolières. Ce nouveau dirigeant l'a compris et c'est pourquoi pour la première fois, le pays a dû réaliser un emprunt auprès d'investisseurs internationaux et doit donc donner des signes, comme celui d'une station balnéaire à venir ou, plus forte et plus symbolique encore, cette autorisation de conduire enfin accordée aux femmes. Même si dans son ensemble, la société saoudienne reste privée de quasiment toutes ses libertés.

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