Une fois de plus, en France, le gouvernement et le président de la République ont une décision difficile à prendre. Faut-il reconfiner, et comment le faire ? Comment font nos voisins pour préparer et annoncer de telles décisions ? Regardons l'exemple allemand, loin de la verticalité française.

Angela Merkel et son ministre de la Santé, Jens Spahn
Angela Merkel et son ministre de la Santé, Jens Spahn © AFP / MICHAEL KAPPELER / DPA

Si en France c'est le président de la République qui annonce les décisions les plus importantes (et les plus difficiles), outre-Rhin, c'est la chancelière, Angela Merkel, qui est chargée d’annoncer les mauvaises nouvelles. Mais elle ne le fait jamais toute seule, elle est toujours flanquée des deux représentants des régions et des communes. En effet, sa fonction de chancelière fédérale, à la tête d’un État composé de 16 Länder, des régions très puissantes, ne la place pas dans le rôle du chef, mais en arbitre.

Prenons l’exemple des dernières mesures annoncées en Allemagne mardi dernier, le 19 janvier, au soir d’une réunion qui a duré plus de 7 heures. Sur la question de la date d'une réouverture des écoles (qui relève du pouvoir des régions), chaque Land s’est réuni les jours suivants au niveau de son assemblée régionale pour débattre de l’application de la mesure qu’il conviendrait plutôt d’appeler une recommandation, puisque derrière chacun décide et cela prend en général une petite semaine avant l’entrée en vigueur, cela laisse aussi le temps à l’opinion de se préparer. Angela Merkel agit davantage dans ce genre de réunion en garante d’une certaine unité, d’un consensus.

Différence de culture et de système politiques

Cette différence tient au fédéralisme allemand où le compromis n’est pas vécu comme un échec, contrairement à la France. Un fédéralisme qui, là aussi contrairement à la France et à son président "responsable de tout", offre une série de fusibles avant d’atteindre la chancelière et d’éroder sa cote de confiance. Ce qui n’est pas le cas, même au cœur de cette deuxième vague de la pandémie qui frappe plus durement le pays, elle reste la personnalité politique préférée des Allemands ainsi, que depuis la fin décembre, son jeune ministre de la Santé, Jens Spahn ou Markus Söder, ministre-président de Bavière, région où les restrictions les plus strictes ont souvent été appliquées, anticipant parfois ce que le reste du pays allait finalement adopter.

Les Allemands sont souvent prêts à des mesures plus strictes

Car l’opinion publique dans sa grande majorité a tendance à penser que plus les mesures de restrictions seront fortes, plus vite, elle en sortira et reprendra une vie normale. D’où le soutien dont bénéficie le dirigeant de Bavière hors des frontières de sa région. Jamais les Allemands n’ont autant plébiscité un Bavarois, y compris pour l’imaginer à la chancellerie. Il est aujourd’hui le candidat le mieux placé pour mener la liste d’union CDU/CSU en vue des élections législatives dans seulement 8 mois.

Dans le baromètre d’opinion ZDF publié juste avant les dernières annonces (confinement prolongé jusqu’à la mi-février ainsi que la fermeture des écoles, des bars et des restaurants, des lieux de culture, obligation au télétravail jusqu’à la mi-mars, port obligatoire dans les transports en commun et les commerces encore ouverts du masque chirurgical ou FFP2…), une courte majorité (51%) considéraient les mesures alors en vigueur comme suffisantes. 28% (-21) souhaitaient leur durcissement. 18% (+5) l’inverse. Une variation à comparer avec la précédente enquête début décembre qui montre que le gouvernement aux yeux de l’opinion n’en avait pas fait assez.