Départ d'Ariane 5 le 12 février 2005
Départ d'Ariane 5 le 12 février 2005 © REUTERS/ho-ESA/Arianespace mal/WS / REUTERS/ho-ESA/Arianespace mal/WS

INFOGRAPHIE - Les Etats membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) se sont engagés mardi à poursuivre le développement d'Ariane 6 jusqu'à son terme. L'Europe se doute d'une nouvelle fusée moins chère qu'Ariane 5 à partir de 2020.

Au bout du projet Ariane 6

Le directeur général de l'ESA Jean-Jacques Dordain s'est exprimé lors d'une conférence de presse à Luxembourg à l'issue de la réunion ministérielle de l'ESA :

Nous avons obtenu l'engagement pour aller au bout d'Ariane 6.

Il a ajouté que les 20 Etats membres de l'ESA ont également accepté un budget de 800 millions pour la participation européenne à la station spatiale internationale et la préparation d'une deuxième mission ExoMars en 2018 après celle déjà prévue pour 2016.

Les 20 ministres, réunis à Luxembourg, ont mis de côté leurs divergences pour doter l'Europe d'une nouvelle fusée moins chère qu'Ariane 5 à partir de 2020.

Une réunion brève et efficace. Sophie Bécherel est à Luxembourg.

Objectif : faire face à la concurrence

Les 20 pays membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) devraient donner mardi à Luxembourg le coup d'envoi à Ariane 6, la fusée chargée de succéder à Ariane 5, jugée fiable mais trop chère depuis l'arrivée fracassante de l'américain SpaceX en 2013.

Le lancement d'Ariane 6 est indispensable pour que l'Europe spatiale reste dans la course aux lancements à partir de 2020, face à une concurrence accrue venant des Etats-Unis et d'Asie, estiment les industriels du secteur. Karim Michel Sabbagh est le PDG de l'opérateur de satellites basé au Luxembourg SES :

Ce serait très grave que nous n'arrivions pas à une décision le 2 décembre parce que l'Europe prendrait un retard compétitif que nous ne pourrions plus rattraper. Nous ne sommes plus seuls, ce n'est plus juste Ariane contre (la fusée russe) Proton. On ne peut plus se permettre de prendre du retard.

Space Exploration Technologies (SpaceX), la société californienne du milliardaire Elon Musk, a lancé son premier satellite commercial de SES en décembre 2013, provoquant un électrochoc dans l'Europe spatiale. Le japonais Mitsubishi Heavy, connu pour le lanceur H2A, la diversification possible de l'américain Atlas vers des lancements de satellites commerciaux et les ambitions spatiales indiennes stimulées par une première mission sur Mars réussie en septembre pourraient aussi changer la donne à moyen terme.

Combien coûte un lancement ?

Ariane 6 sera proposée en deux versions : Ariane 62 pour lancer un seul satellite et Ariane 64 pour en lancer deux de taille moyenne, principalement pour le marché commercial. Le prix d'un lancement est estimé à 70 millions sur Ariane 62 et à 90 millions d'euros sur Ariane 64, contre 50 millions pour SpaceX et 130 millions en moyenne pour Ariane 5.

En période de réduction budgétaire, les Etats européens devront approuver mardi une enveloppe de 3,8 milliards d'euros pour les lanceurs, dont trois milliards pour la seule Ariane 6. Jean-Loïc Galle, PDG du constructeur de satellites Thales Alenia Space , a exhorté les membres de l'ESA à ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier. Il évoque notamment les missions martiennes ExoMars prévues en 2016 et en 2018 :

Nous ne voulons pas que tout l'argent mis sur Ariane le soit au détriment d'autres segments de l'industrie spatiale, notamment toutes les sortes de satellites.

Après le succès de la mission Rosetta et de son robot européen Philae sur la comète "Tchouri", financer aussi l'exploration spatiale européenne reste indispensable pour rester dans la course technologique, estiment les industriels. Les ministres devront ainsi accepter mardi également l'enveloppe de 820 millions d'euros demandée par l'ESA pour financer ses activités sur la station spatiale internationale jusqu'à fin 2017, avec les missions vers Mars et la Lune.

Un "nouveau chapitre" de l'histoire spatiale européenne

Selon Tom Enders, président exécutif d'Airbus Group, un accord sur Ariane 6 marquerait un "nouveau chapitre" de l'histoire spatiale européenne :

Rompre avec la manière de travailler actuelle est une condition préalable pour la compétitivité future de l'industrie spatiale européenne.

Airbus Group et le motoriste Safran ont annoncé en juin un projet de coentreprise , qui devrait être officiellement créée lundi, avec pour objectif de réunir d'ici 2016 l'ensemble de leurs activités dans les lanceurs. Les industriels s'accordent à juger cette ministérielle mieux préparée que celle de Naples qui avait débouché en novembre 2012 sur un compromis peu satisfaisant : le développement en parallèle d'une version améliorée d'Ariane 5 (Ariane 5 ME) et la préparation d'Ariane 6.

Le passage direct à Ariane 6 dans une configuration technique simplifiée a rendu caduc Ariane ME (middle-life evolution), une étape intermédiaire qui avait les faveurs de l'Allemagne, permettant de tabler sur un premier vol en 2020. Stéphane Israël est le PDG d'Arianespace :

C'est un pari raisonnable parce qu'Ariane 6 reprendra l'étage supérieur d'Ariane 5 ME et que la version retenue est dans la continuité des capacités technologiques construites autour d'Ariane 5, [...] ce qui rend l'objectif d'un lancement en 2020 d'autant plus atteignable.

Les opérateurs de satellites européens apprécient, eux, d'avoir été consultés par les industriels et l'ESA sur leurs besoins, soucieux d'avoir une alternative européenne fiable et abordable dans un marché florissant. Michel de Rosen est le président de l'Association européenne des opérateurs de satellites (ESOA) et PDG d'Eutelsat qui a accepté d'être le premier client d'Ariane 6 :

Un lanceur ne doit pas être le rêve des ingénieurs mais doit répondre aux attentes et demandes du marché.

Ariane 6 prévue pour 2020
Ariane 6 prévue pour 2020 © Radio France
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