Une équipe de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) devait débuter samedi son enquête à Douma, en Syrie, cible d'une attaque chimique présumée vivement condamnée par les États-Unis et la France. Le programme chimique syrien est connu des experts depuis 2012.

Les habitants de Douma arrivent par bus pour se réfugier dans la région d'Alep
Les habitants de Douma arrivent par bus pour se réfugier dans la région d'Alep © AFP / Beha el Halebi / ANADOLU AGENCY

A l'origine, la Convention pour l’interdiction des armes chimiques est le prolongement du protocole de Genève de 1925, et a été créée à Paris en 1993. Entrée en vigueur en 1997, cette convention est mise en oeuvre par l'OIAC, organisme international basé à La Haye, qui vérifie la destruction des armes chimiques existantes dans les pays signataires. L'OIAC est aussi susceptible de prendre toutes mesures nécessaires pour mettre fin à la fabrication des ces produits. Elle protège également les États membres quand ils sont menacés d'attaques chimiques.  

L'OIAC s'est vue décerner le prix Nobel de la paix en 2013. 

L'organisation pour l'interdiction des armes chimiques
L'organisation pour l'interdiction des armes chimiques © AFP / Simon MALFATTO, Kun TIAN, Maryam EL HAMOUCHI

Armes chimiques, toujours en mode furtif

Globalement la plupart des pays signataires de ce traité ont tenu leurs promesses. Etats-Unis, Chine, Japon notamment, et en apparence la convention semble efficace. Mais en réalité, les armes chimiques sont les plus difficiles à détecter notamment parce que des produits fabriqués pour l'agriculture ou l'industrie peuvent être légalement fabriqués puis détournés de leur usage pour devenir des armes par destination, ou bien certains de leurs composants peuvent être eux-aussi réorientés . 

Parfois les produits sont stockés séparés, y compris sur des sites civils qui n'éveillent pas les soupçons des enquêteurs. 

Globalement, l'OIAC a permis de se débarrasser notamment des stocks d'armes chimiques en Libye, en Irak et en Russie. 

Mais les derniers épisodes concernant l'utilisation d'un produit toxique en Grande-Bretagne, pour éliminer l'ex-espion russe Sergueï Skripal, laissent planer le doute. Londres a accusé la Russie d'être impliquée. L'OIAC a annoncé que les analyses en laboratoires "_confirment les découvertes du Royaume-Uni quant à l'_identité de l'agent chimique toxique utilisé à Salisbury", sans être précis sur l'origine géographique du produit qu'elle a qualifié être "de grande pureté". 

On peut donc en conclure que l'OIAC, malgré ses enquêtes et ses surveillances, ne sait pas tout, ou ne peut pas tout dire. 

En Syrie, on sait déjà

En 2013, déjà, il était connu que la Syrie disposait d'un arsenal de 1 000 tonnes d'armes chimiques, dont 300 tonnes de gaz sarin. L'attaque du 21 août avait tué 1429 personnes, dont 426 enfants. 

En 2012, le programme chimique syrien était déjà bien repéré et cerné par les observateurs internationaux. Ils redoutaient alors que des groupes armés ne s'emparent de ces stocks en faisant tomber le régime. Les Américains craignaient qu'Al Qaïda ne les récupèrent et les Israéliens pensaient que ce soit le Hezbollah libanais.

À la mi-février, les États-Unis ont déclaré qu’en collaboration avec leurs alliés, ils « surveillaient les stocks syriens d’armes chimiques » dont ils connaissent les emplacements, selon un rapport du Grip, le Groupe de recherche et d'information pour la paix et la sécurité. 

La Syrie a accepté de renoncer à son arsenal d'armes chimiques en 2013 et de se soumettre à des inspections de l'OIAC, afin d'éviter alors des frappes américaines après une attaque au gaz sarin qui avait fait plusieurs centaines de morts dans la Ghouta .

Ses stocks étaient neutralisés en un temps record par les responsables de l’OAIC, avant que ne soit entamé un processus de destruction totale des 1 290 tonnes d’armes chimiques réparties sur vingt-trois sites ; ces armes chimiques auraient été livrées aux unités chargées de les détruire, selon l’annonce faite par l’OIAC le 24 juillet 2014. Cet épisode important au regard du droit international n’a eu aucun impact positif sur l’impitoyable répression que le régime mène contre son peuple.
 

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