La visite prévue lundi à Douma en Syrie d'une délégation d'inspecteurs de l'OIAC est retardée. Et avec elle la vérité sur les bombardements qui ont tué une cinquantaine de personnes. Des responsables occidentaux et russes se sont rejeté la responsabilité de cet accroc.

Ahmet Uzumcu, directeur général de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC)
Ahmet Uzumcu, directeur général de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) © AFP / Jacques Demarthon

Les inspecteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) sont arrivés samedi à Damas et comptaient se rendre lundi à Douma, site où aurait eu lieu une attaque chimique meurtrière le 7 avril. 

Mais la délégation britannique à l'OIAC a déclaré que la Russie et la Syrie n'avaient pas encore autorisé leur venue dans la Ghouta orientale.  

L'ambassadeur britannique auprès de l'OIAC, Peter Wilson, a dit que les Nations unies avaient bien donné leur feu vert aux inspecteurs mais ceux-ci, a-t-il ajouté, n'ont pas pu atteindre Douma parce que la Syrie et la Russie n'étaient pas en mesure de garantir leur sécurité.  

"Un accès sans entraves est essentiel. La Russie et la Syrie doivent coopérer", estiment les Britanniques dans un communiqué. Pour la Russie, le retard pris par la visite de la délégation tient aux frappes occidentales survenues pendant la nuit de vendredi à samedi. L'ambassadeur britannique à l'OIAC a jugé ce motif absurde.  

En fin de journée, un haut responsable russe a déclaré, lors d'une conférence de presse à l'ambassade de Russie à La Haye, que les enquêteurs de l'OIAC arriveraient mercredi, expliquant que les routes menant à Douma devaient encore être débarrassées des mines...

Douma était l'un des tout derniers bastions des insurgés à la périphérie de Damas, mais les forces syriennes ont annoncé avoir totalement repris la Ghouta orientale au terme de plusieurs semaines d'offensive. 

Les Russes essaient-ils de masquer des preuves ?

À en croire le représentant américain auprès de l'OIAC, la Russie pourrait être intervenue sur le terrain où a été menée l'attaque chimique à Douma afin d'y supprimer des éléments de preuve avant la venue des inspecteurs.    

"Nous pensons que les Russes se sont rendus sur le site de l'attaque. Nous craignons qu'ils l'aient maquillé dans le but de contrarier les efforts de la mission d'enquête de l'OIAC pour mener des investigations efficaces", a déclaré le représentant américain, Kenneth Ward.  

L'accusation a été démentie par le chef de la diplomatie russe: "Je peux assurer que la Russie n'a pas touché au site", a dit Sergueï Lavrov dans une interview à la BBC.  

L'Union européenne, de son côté, menace d'alourdir ses sanctions contre le régime syrien du fait de l'utilisation présumée d'armes chimiques.  

"L'Union européenne va continuer d'envisager de nouvelles mesures restrictives envers la Syrie tant que la répression se poursuivra", ont déclaré les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Huit après leur réunion à Luxembourg, en faisant allusion à des sanctions économiques.  

La Syrie a accepté de renoncer à son arsenal d'armes chimiques en 2013 et de se soumettre à des inspections de l'OIAC, afin d'éviter alors des frappes américaines après une attaque au gaz sarin qui avait fait plusieurs centaines de morts dans la Ghouta . 

Un usage répandu en Syrie ? 

Selon l'émissaire britannique auprès de l'OIAC, l'organisation a recueilli 390 accusations d'utilisation d'agents chimiques interdits en Syrie depuis 2014. 

Si l'OIAC n'est pas en mesure d'effectuer son travail, il risque d'y avoir de nouvelles utilisations barbares d'armes chimiques.

Les membres du conseil exécutif de l'OIAC, qui compte 41 membres, doivent débattre du recours présumé à des agents chimiques interdits en Syrie, mais l'on ne s'attend pas à quelque accord sur une riposte. 

L'organisation, qui prend ses décisions à la majorité des deux tiers, est minée par des divisions politiques concernant le recours aux armes chimiques par le régime de Damas.

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