Sera -t-il le futur chancelier allemand ? Il est trop tôt pour le dire, mais le modéré Armin Laschet est élu à la tête du parti des conservateurs allemands, la CDU, le parti d'Angela Merkel. C’est d’abord la victoire d’un candidat consensuel.

Armin Laschet
Armin Laschet © AFP / Odd ANDERSEN/ Pool

Le modéré Armin Laschet, favorable à la continuité avec l'ère centriste d'Angela Merkel en Allemagne, a été élu samedi président du parti conservateur CDU.  Avec une majorité de 521 voix des 1.001 délégués appelés à voter, Armin Laschet devance Friedrich Merz, rival historique de la chancelière et favorable à un coup de barre à droite, selon les résultats d'un scrutin interne, et se positionne en vue de mener le camp conservateur aux élections générales en septembre. 

Cette victoire de Laschet signifie aussi la victoire d’Angela Merkel, comme il y a deux ans, quand Merz avait une fois encore été battu d’un fil par celle qui était présentée comme la dauphine de Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, surnommée AKK. Angela Merkel, depuis qu’elle a abandonné la tête de la CDU, a donc vu deux fois de suite, deux congrès consécutif sa candidate puis son candidat l’emporter. Toujours chancelière, elle use de son influence pour peser sur la suite. Tout comme elle restera à la manœuvre d’ici mars/avril quand sera désigné le candidat de l’Union CDU/CSU pour les législatives.

Avec ce résultat serré de 521 voix pour Laschet contre 466 pour Friedrich Merz, Armin Laschet s'impose de justesse, mais avec une volonté certaine de défendre une politique de dialogue en Allemagne. Il apparaît comme une personnalité moins clivante, plus ronde, que son concurrent  : Armin Laschet, 60 ans, est un libéral beaucoup plus jovial et bonhomme, davantage capable d’intégrer les différents courants de la CDU. 

Il est très connu dans le pays puisqu’il dirige la grande région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la plus peuplée d’Allemagne. 

Un discours d'apaisement

Dans son discours de candidature il a promis de diriger le parti et pourquoi pas le pays de la même façon qu’Angela Merkel, c'est-à-dire sans brusquer, en cherchant à réconcilier un pays marqué depuis deux ans par la montée de l’extrémisme et de la radicalisme. 

Ce père de trois enfants est vu comme un modéré proche de la chancelière, dont il entend maintenir le cap centriste. "Une rupture avec Angela Merkel serait exactement le mauvais signal", a-t-il déclaré, estimant que cela ouvrirait notamment un boulevard aux Verts, principaux adversaires de la CDU pour les élections à venir.  

Il fut l'un des rares à la soutenir sans réserve après sa décision d'accueillir des centaines de milliers de migrants de Syrie ou d'Afghanistan en 2015. Ses convictions sur cette question sensible ne datent pas d'hier. Sa politique d'intégration libérale alors qu'il était ministre régional en 2005 lui a valu le surnom d'"Armin le Turc". La diversité ethnique n'est pas "une menace, mais un défi et une chance", déclarait-il en 2009. 

"On ne laissera pas l’extrémisme de droite casser notre pays. Certains voudraient polariser. Je leur dis : Non ! Nous devons toujours parler clairement. On doit pouvoir intégrer tout le monde et faire société ensemble. C’est un travail difficile, mais à la fin la population attend de nous que nous cherchions des compromis et trouvions des solutions" a-t-il dit lors de son discours avant son élection. 

C'était un discours de réconciliation et de rassemblement en vue du grand rendez-vous politique de l’année en Allemagne, les élections législatives qui se dérouleront dans huit mois. 

Un tremplin pour la chancellerie ? 

Si ses qualités de rassembleur ont souvent été louées, il souffre d'une image de responsable "indécis, agissant parfois de manière irréfléchie" qui font douter de sa capacité à diriger la première économie européenne, écrivait récemment le quotidien Süddeutsche Zeitung. Ce qui se reflète dans sa faible popularité. Selon le dernier baromètre vendredi de la télévision publique ZDF, seulement 28% des personnes interrogées estiment qu'il a la carrure d'un chancelier. 

Ceci pèsera donc sur le fait de savoir si Armin Laschet va devenir le futur candidat à la chancellerie aux élections de septembre prochain, car il y a beaucoup d'incertitude autour de cette question. 

Ce n’est pas automatique, car ce congrès de la CDU a acté clairement deux éléments : le poste de leader du parti n’est pas un tremplin direct pour la chancellerie, et deuxièmement, le choix du candidat sera tranché au printemps. 

Donc il y a plusieurs possibilités : ce peut être Armin Laschet en tant que nouveau président de la CDU, ce peut être son partenaire dans cette candidature, (il était le seul des trois candidats à concourir en ticket). Il pourrait donc envoyer à la bataille Jens Spahn, plus jeune, 40 ans, actuel ministre de la santé très exposé  en ce moment en raison de la pandémie de coronavirus. Jens Spahn était fin décembre dans un sondage la personnalité préférée des Allemands juste devant Angela Merkel et pas loin non plus de l’homme fort de la CSU, le parti bavarois allié de la CDU, et qui pourrait donc aussi représenter ce qu’on appelle ici l’union CDU/CSU. Cet homme s'appelle Markus Söder, il a beaucoup d’ambition, et il faudra aussi compter sur lui. Söder, auréolé de son image de gestionnaire résolu de crise, recueille 54% d'opinions positives sur sa capacité à devenir chancelier.