[scald=69395:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - Face aux exigences de Berlin pour répondre à la crise de la zone euro, la France doit prendre le risque d'une confrontation avec l'Allemagne, estime le socialiste français Arnaud Montebourg, qui évoque un retour du "nationalisme allemand".

Des propos qui ont choqué le député allemand Daniel Cohn-Bendit, pour qui le député et ancien candidat à la primaire PS "fait du Front national à gauche".

Interrogé mercredi à l'émission Questions d'Info sur Public Sénat et France Info, Arnaud Montebourg a dénoncé la "politique à la Bismarck" de la chancelière allemande Angela Merkel, qui est selon lui en train de "tuer elle-même la zone euro".

"Mme Merkel a décidé d'imposer à la zone euro un ordre allemand", a-t-il déclaré. "C'est l'importation des exigences, des diktats allemands sur ce qui restera de la zone euro après avoir expulsé les pays qui ne peuvent pas s'en sortir".

"La question du nationalisme allemand est en train de resurgir à travers la politique à la Bismarck employée par Mme Merkel (...) Ça veut dire qu'elle construit la confrontation pour imposer sa domination", a ajouté Arnaud Montebourg, reprenant une expression utilisée par les socialistes allemands du SPD à propos d'Otto von Bismarck, le fondateur de l'Empire allemand au XIXe siècle.

Aux yeux du président du conseil général de Saône-et-Loire, "le moment est venu d'assumer la confrontation politique face à l'Allemagne et de défendre nos valeurs".

"L'Allemagne est en train de détruire la zone euro et la France peut sauver la zone euro", a-t-il souligné.

Il a critiqué à cet égard l'action actuelle du président Nicolas Sarkozy qui "est en train de s'installer sur le porte-bagages de la droite et du patronat allemand".

"Son incapacité à tenir tête aux erreurs allemandes est une grave préoccupation", a-t-il estimé.

"DU MAUVAIS COCORICO"

Dans ce contexte de crise aiguë, Arnaud Montebourg a mis en garde contre une montée des extrêmes sur le Vieux continent.

"Nous sommes dans une période où les choix politiques que nous allons imposer à nos peuples sont extrêmement dangereux", a-t-il dit. "Si l'Allemagne réussit à imposer la cure grecque à tous les pays, y compris la France, vous aurez la montée du populisme, des nationalismes dans tous les pays et de l'extrême droite".

Pour Daniel Cohn-Bendit, Arnaud Montebourg a commis une faute en parlant d'une résurgence du nationalisme allemand.

"Il faut se calmer", déclare-t-il sur le site internet du Parisien. "Ce type de déclaration à la hussarde a des relents de nationalisme. Heureusement que Montebourg n'est pas aujourd'hui dans un gouvernement..."

S'il reconnaît que "l'hégémonie de l'économie allemande pose un problème", l'eurodéputé reproche à Arnaud Montebourg de "sombrer dans le nationalisme au clairon qui ne sert qu'à raviver des sentiments qu'on croyait définitivement derrière nous".

"C'est du mauvais cocorico. Il fait du Front national à gauche", dit-il.

"Troisième homme" de la primaire socialiste d'octobre, où il a recueilli 17% des voix, Arnaud Montebourg avait fait campagne sur le thème de la "démondialisation".

Il avait été un partisan du "non" au traité constitutionnel européen qui a été rejeté en France par référendum en 2005.

"Tout le monde est d'accord pour dire que le traité constitutionnel européen est obsolète", a-t-il estimé mercredi.

Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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