La jeune mère de famille chrétienne, dont la condamnation à mort pour blasphème a récemment été annulée par la Cour suprême, fait face à la vindicte d'un petit parti islamiste fondamentaliste très bien organisé, mais qui ne reflète les vues de la société pakistanaise dans son ensemble.

Manifestation à Karachi contre la décision de la Cour suprême d'acquitter Asia Bibi.
Manifestation à Karachi contre la décision de la Cour suprême d'acquitter Asia Bibi. © AFP / Rizwan TABASSUM

Elle a beau avoir été acquittée mercredi 31 octobre par la Cour suprême pakistanaise, Asia Bibi reste en prison. Cette jeune mère de famille chrétienne était condamnée à mort, accusée de blasphème par deux femmes musulmanes qui refusaient de partager un verre d'eau avec elle. Depuis l'annulation de sa condamnation, elle fait face à une telle pression de manifestants islamistes radicaux que, par peur des représailles, sa famille demande asile à l'Occident, alors que son avocat a quitté le Pakistan pour trouver refuge aux Pays-Bas, comme l'annonce ce lundi l'Association pour les chrétiens persécutés.

Ce climat pour le moins trouble est alimenté par un petit parti islamiste fondamentaliste, le Tehreek-e-Labaik Pakistan, à l'origine des manifestations. Après trois jours, leur ampleur a poussé le gouvernement pakistanais à ne pas s'opposer à ce qu'un recours soit déposé pour réviser le jugement d'acquittement d'Asia Bibi. Il devrait lui interdire de quitter le territoire, et la maintient pour le moment en prison.

Le blasphème, objet de débat au sein de la société pakistanaise

Pour autant, la société pakistanaise n'est pas unanime sur la question du blasphème. "La société est très clivée", explique la chercheuse Amélie Blom, "parce que les gens, et en particulier la petite classe moyenne et les classes pauvres, sont tout à fait conscients de la façon dont cette disposition sur le blasphème est utilisée comme un instrument de vengeance personnelle. On ne peut pas dire qu'il y a un soutien massif à ce parti. En revanche, il est bien organisé, capable de mobiliser les étudiants de madrassa simultanément sur l'ensemble du territoire national. Et aucun homme politique ne veut faire l'objet d'un soupçon d'avoir blasphémé, c'est un enjeu qui reste très sensible".

Les trois juges de la Cour suprême, désormais menacés de mort, se sentent lâchés par l'exécutif pakistanais. Il n'est désormais pas exclu que des tractations se nouent pour trouver une issue favorable à Asia Bibi, mais en coulisses.

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