[scald=81711:sdl_editor_representation]par Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - Le président Bachar al Assad a imputé mardi les dix mois de manifestations antigouvernementales qui secouent la Syrie à un "complot de l'étranger" et a promis de frapper "les terroristes d'une main de fer".

Dans un discours prononcé à l'université de Damas et retransmis à la télévision d'Etat, le président syrien s'est par ailleurs dit favorable à l'intégration de "l'ensemble des forces politiques" au sein du gouvernement et à la tenue d'un référendum en mars sur une nouvelle Constitution.

Depuis le début du soulèvement populaire mi-mars 2011, Assad alterne les promesses de réformes et la répression militaire, qui a fait selon l'Onu plus de 5.000 morts.

Soumises à une intense pression de la communauté internationale pour mettre un terme au bain de sang, les autorités syriennes affirment que les troubles sont l'oeuvre "de groupes terroristes armés" et font état de 2.000 soldats et policiers tués depuis le début des violences.

Dans sa première intervention publique depuis juin, Bachar al Assad a une nouvelle fois assuré qu'aucun ordre n'avait été donné de tirer sur la population. "Il n'y a aucun ordre donné à quiconque d'ouvrir le feu sur le moindre citoyen", a-t-il dit.

Le rétablissement de l'ordre est une priorité en Syrie, a-t-il toutefois ajouté.

"Il n'y a aucune tolérance pour le terrorisme ni pour ceux qui utilisent des armes pour tuer", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il fallait "frapper les terroristes d'une main de fer".

SANCTIONS

Face à la poursuite de la répression, la Ligue arabe a suspendu Damas de ses instances et a annoncé une série de sanctions économiques sans précédent fin novembre contre le régime syrien.

L'organisation panarabe a dépêché fin décembre des observateurs sur le terrain chargés de vérifier l'application d'un plan de résolution de la crise accepté par Bachar al Assad début novembre.

Ce plan prévoit la libération des prisonniers politiques, la fin de la répression, le retrait de l'armée des villes et l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition.

Réunis au Caire dimanche, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont estimé que le plan n'était appliqué que partiellement par Damas et ont annoncé une augmentation du nombre des observateurs dans le pays.

Selon l'agence de presse du Koweït, deux membres koweïtiens de la mission ont été légèrement blessés dans une attaque commise par des manifestants se rendant vers Lattaquié.

Ces observateurs ont été soignés dans un hôpital et ont repris leurs activités, ajoute Kuna, citant un communiqué de l'armée koweïtienne.

Des images diffusées sur internet montrent un convoi de voitures, présenté comme étant celui de observateurs, pris d'assaut par une foule de manifestants brandissant des drapeaux syriens et des portraits de Bachar al Assad.

Selon Rami Abdulrahman, président de l'Observatoire pour les droits des l'homme qui a diffusé la vidéo, l'incident n'aurait pas fait de blessé. Sur une autre vidéo filmée lundi soir, on voit une voiture blanche semblable à celle de l'autre vidéo, présentant des dégâts au niveau de la carrosserie et des roues.

"GUERRE RELIGIEUSE"

Le rapport complet de la mission de la Ligue arabe est attendu le 19 janvier, mais l'opposition syrienne estime d'ores et déjà que le maintien de la mission d'observation en Syrie va en fait permettre au président syrien de gagner du temps.

Dans son discours, mardi, Bachar al Assad a déclaré que la Syrie ne "fermera pas la porte" à une solution arabe tant qu'elle respecterait "la souveraineté de la Syrie".

La situation dans le pays suscite l'inquiétude des pays voisins, notamment la Turquie dont le Premier ministre, Recep Tayyip Edorgan, a estimé lundi que la Syrie s'acheminait vers une guerre civile. "La situation en Syrie évolue vers une guerre religieuse et raciale, et il faut l'éviter", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Ankara.

La Russie et la Chine, qui disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité de l'Onu, continuent de s'opposer à l'adoption d'une résolution sur la Syrie et les pays occidentaux émettent des réserves sur la répétition d'un scénario à la libyenne au vu de la position géographique de la Syrie.

Bertrand Boucey et Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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