par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - La Russie a dit mardi avoir obtenu la promesse de Bachar al Assad de mettre fin au bain de sang en Syrie, mais Occidentaux et pays arabes multiplient les initiatives pour isoler le gouvernement syrien qui poursuit ses opérations de répression.

Après le veto opposé samedi à l'Onu par Moscou et Pékin à une résolution du Conseil de sécurité prônant la mise à l'écart du président syrien, conformément à un plan de la Ligue arabe, le Kremlin a entamé une mission de médiation avec la visite de son ministre des Affaires étrangères à Damas.

Sergueï Lavrov s'est entretenu avec Assad et a annoncé avoir obtenu l'assurance qu'il était "totalement déterminé" à mettre fin aux violences, qui ont fait plus de 5.000 morts depuis 11 mois selon l'Onu, et à ouvrir la voie à une réforme constitutionnelle.

"Depuis le début, la Syrie a accueilli favorablement tout effort qui soutient une solution syrienne à la crise", écrit l'agence de presse Sana citant Assad lors de sa rencontre avec Lavrov. "Le président de la Syrie nous a assuré être totalement déterminé à mettre fin aux violences d'où qu'elles viennent", a déclaré Sergueï Lavrov cité par l'agence de presse Interfax.

Pour mener cette tâche à bien, la Russie compte sur le travail des observateurs de la Ligue arabe qualifiés d'"importants éléments stabilisateurs" dans le pays.

Sergueï Lavrov, accompagné par le chef des services du renseignement extérieur Mikhail Fradkov, a ajouté qu'Assad était favorable à la poursuite et à l'expansion de cette mission arabe, entamée le 26 décembre et suspendue le 28 janvier en raison de la poursuite de la répression.

La Russie est également "prête à aider à une sortie rapide de la crise sur la base des propositions contenues dans l'initiative de la Ligue arabe", a-t-il encore dit.

NOUVELLE CONSTITUTION

L'autre initiative avancée par Bachar al Assad est un référendum sur une nouvelle Constitution. La date du scrutin devrait être annoncée prochainement avant la tenue d'élections pluralistes dans lesquelles le parti Baas d'Assad ne disposerait d'aucun avantage, a assuré Lavrov sur la chaîne Rossïa-24.

Ces propos n'ont rassuré ni les Occidentaux, ni les Etats arabes alarmés par la poursuite des bombardements menés par les forces de sécurité contre les insurgés à Homs et qui auraient fait 19 morts mardi, 300 en cinq jours.

Des habitants ont également signalé des bombardements et des combats entre forces rebelles et troupes gouvernementales à Hama, un autre fief urbain de l'opposition anti-Assad.

A Homs, "le bombardement se concentre à nouveau sur (le quartier sud de) Baba Amr. Un médecin a essayé d'y aller ce matin mais j'ai entendu dire qu'il avait été blessé", a déclaré Mohamed al Hassan, un militant d'opposition joint par téléphone satellitaire. "Il n'y a pas d'électricité, toutes les communications avec le quartier ont été coupées", a-t-il ajouté.

Les autorités syriennes affirment combattre des "terroristes" à Homs, située à 160 km au nord de Damas.

Cette persistance de la répression a conduit les monarchies du Golfe à décider le retrait de leurs ambassadeurs de Syrie et l'expulsion des diplomates syriens sur leur territoire.

Le régime syrien a ignoré les tentatives arabes visant à "résoudre la crise et éviter de faire couler le sang du peuple syrien", écrit le Conseil de coopération du Golfe (CCG) dans un communiqué. "Le conseil juge nécessaire que les Etats arabes (...) prennent avec détermination toutes les mesures nécessaires face à cette dangereuse escalade contre le peuple syrien. Près d'un an après le début de la crise, il n'y a pas la moindre lueur d'espoir de parvenir à une solution."

INITIATIVES CHINOISE ET TURQUE

Tentant d'accentuer la pression sur Bachar al Assad, les Etats-Unis ont annoncé lundi la fermeture de leur ambassade à Damas en raison de l'insécurité. L'ambassadeur, Robert Ford, ainsi que tout le personnel ont quitté le pays.

Après la Belgique et la Grande-Bretagne, l'Italie et la France ont rappelé mardi leur ambassadeur pour consultations.

A Bruxelles, l'Union européenne prépare un nouveau train de sanctions financières à l'encontre de Damas, qui inclurait un gel des actifs de la Banque centrale et une interdiction des transactions avec elle, selon deux diplomates européens.

Les discussions n'en sont encore qu'à un stade technique et ces mesures devraient être adoptées d'ici la prochaine réunion des ministres européens des Affaires étrangères, le 27 février, a-t-on appris auprès de deux diplomates.

A Pékin, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Liu Weimin, a déclaré que la Chine envisageait d'envoyer dans un proche avenir un émissaire pour jouer un "rôle constructif en faveur d'une solution politique".

La Turquie a de son côté annoncé la préparation d'une nouvelle initiative avec les pays opposés au gouvernement syrien. "Ce qui s'est produit aux Nations unies à propos de la Syrie est un fiasco pour le monde civilisé", a déclaré le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, lors d'une réunion du parti au pouvoir, l'AKP.

Avec Steve Gutterman à Moscou et Julien Toyer à Bruxelles, Jean-Stéphane Brosse, Marine Pennetier et Pierre Sérisier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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