[scald=82165:sdl_editor_representation]par Alistair Lyon

BEYROUTH (Reuters) - Le président syrien Bachar al Assad, confronté depuis dix mois à des manifestations antigouvernementales, a assuré mercredi à Damas que la Syrie triompherait des "comploteurs étrangers".

Accompagné de sa femme Asma et de leurs deux enfants, Bachar al Assad s'est exprimé place des Omeyyades au coeur de la capitale syrienne devant plusieurs milliers de partisans agitant des drapeaux syriens.

"J'appartiens à cette rue", leur a-t-il dit, dénonçant un complot ourdi de l'étranger contre la Syrie. "Nous allons signer avec cette phase leur fin et la fin de leurs projets. Nous allons gagner sans aucun doute possible", a-t-il ajouté.

La foule a scandé "Chabiha pour toujours, pour tes yeux Assad", allusion à la milice pro-Assad qui mène depuis dix mois aux côtés de l'armée la répression des manifestations hostiles au régime.

Cette apparition publique inattendue est survenue au lendemain d'un discours prononcé à l'université de Damas dans lequel Assad a imputé les violences à "un complot de l'étranger" et a promis de frapper "les terroristes d'une main de fer."

Selon l'Onu, la répression des manifestations antigouvernementales a fait plus de 5.000 morts. Damas fait état pour sa part de 2.000 soldats et policiers tués dans les violences.

COMPLICES

Face à la poursuite de la violence, la Ligue arabe a dépêché fin décembre 165 observateurs chargés de vérifier l'application par Damas, qui l'a accepté en novembre, d'un plan pour résoudre la crise. Il prévoit la libération des prisonniers politiques, le retrait des chars de l'armée des villes du pays, la fin de la répression et l'ouverture d'un dialogue avec l'opposition.

Alors que la mission de la Ligue arabe est de plus en plus contestée, un de ses observateurs a quitté le pays, se jugeant incapable d'empêcher "les scènes d'horreur" et accusant le régime de rendre les observateurs complices de la répression.

"Je me retire parce que je me retrouve en train de servir le régime", a expliqué l'Algérien Anouar Malek à la chaîne de télévision Al Djazira. "Je donnais au régime une plus grande chance de continuer le massacre et je ne pouvais rien faire pour l'en empêcher", a ajouté l'observateur dans une interview réalisée au siège de la chaîne, au Qatar.

"Ils n'ont pas retiré leurs chars des rues, ils les ont juste cachés et redéployés après notre départ", a indiqué Anouar Malek, qui arbore encore le gilet jaune des observateurs.

"Les snipers sont partout et tirent sur les civils. Les gens sont enlevés, les prisonniers sont torturés et personne n'est libéré. Ceux qui sont censés être libérés et sont montrés à la télévision sont en fait des personnes qui ont été prises au hasard dans les rues."

Interrogé sur les raisons de son départ, Malek a déclaré: "J'ai passé plus de quinze jours à Homs (...) J'ai vu des scènes d'horreur, des corps brûlés (...) Je ne peux pas laisser mon humanité de côté dans ce genre de situation."

"La mission est une farce et les observateurs ont été dupés. Ce que j'ai vu est une catastrophe humanitaire. Le régime ne commet pas seulement un crime de guerre mais une série de crimes contre son peuple."

ENCORE PLUS DE MORTS

Anouar Malek a également critiqué le chef de la mission de la Ligue arabe, le général soudanais Mohammed al Dabi, dont la nomination a fait l'objet de vives critiques des militants des droits de l'homme estimant qu'il n'était pas le mieux placé au vu de son rôle joué dans le conflit au Darfour.

Un haut dirigeant de l'Onu a indiqué mardi au Conseil de sécurité que le nombre de manifestants tués en Syrie s'était accru depuis l'arrivée des observateurs de la Ligue arabe, a fait savoir Susan Rice, ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations unies.

Selon l'Observatoire syrien pour les droits de l'homme, quatre personnes ont été tuées à Kafr Nabouda, dans la province de Hama, où des affrontements ont éclaté lors d'un raid de l'armée contre des déserteurs.

Au total, 27 civils ont été tués mardi, dont 15 dans la ville de Daïr Az Zor et 10 à Homs. Quatre déserteurs de l'armée ont par ailleurs été tués.

(Avec la rédaction de Beyrouth, Martina Fuchs à Dubaï et Aly el Daly au Caire, Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser)

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