Le gouvernement américain doit jongler entre la volonté de punir les commanditaires de l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et l'importance de conserver de bonnes relations avec un allié économique puissant.

Selon la presse américaine, la CIA a déterminé l'implication du frère du prince héritier saoudien dans l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul début octobre.
Selon la presse américaine, la CIA a déterminé l'implication du frère du prince héritier saoudien dans l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul début octobre. © AFP / BULENT KILIC

Les responsables du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi devraient être connus dans les jours qui viennent a déclaré samedi le président des États-Unis.

L'annonce de Donald Trump intervient alors que deux quotidiens américains affirment, en citant des sources anonymes, que la CIA a conclu que l'assassinat du journaliste le 2 octobre dernier, au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, avait été commandité par le puissant prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. 

En visite en Californie, alors que l'État est ravagé par un incendie meurtrier, le président américain a indiqué à la presse qu'un "rapport complet" serait achevé "lundi ou mardi".

Difficile de sanctionner sévèrement un allié économique puissant des États-Unis

Quelques heures plus tôt, Heather Nauert, porte-parole du département d'Etat américain, a affirmé que les États-Unis n'avaient, à ce stade, abouti à aucune "conclusion définitive" sur les responsabilités dans l'assassinat de Jamal Khashoggi. "Nombre de questions sans réponses demeurent" a-t-elle écrit dans un communiqué.

Avec ces annonces, le gouvernement américain démonte les affirmations du Washington Post et du New York Times. Interrogé avant son départ de la Maison Blanche, Donald Trump est resté évasif sur l'enquête Khashoggi, tout en insistant sur l'importance des liens entre les États-Unis et l'Arabie saoudite : "Ils sont un allié véritablement spectaculaire en termes d'emplois et de développement économique", a-t-il déclaré. "Je suis président, je dois prendre beaucoup d'éléments en compte".

Le département d'Etat a rappelé que les États-Unis avaient déjà annoncé des sanctions financières ciblées contre 17 responsables saoudiens impliqués dans le meurtre. Il a précisé que des "mesures complémentaires" pourraient être examinées. 

Tout en affirmant la volonté des États-Unis que les responsables de l'assassinat soient punis, le vice-président américain Mike Pence a souligné que Washington voulait aussi garder un "partenariat fort et historique" avec l'Arabie saoudite, notamment face aux ambitions régionales de l'Iran.

Appel téléphonique entre ben Salmane et Khashoggi

Les affirmations du Washington Post, avec lequel collaborait régulièrement Jamal Khashoggi, très critique envers le prince héritier, contredisent de récentes affirmations du royaume saoudien, qui a totalement dédouané Mohammed ben Salmane. Pour parvenir à ses conclusions, indique le quotidien, la CIA s'est notamment appuyée sur un appel entre le frère du puissant prince héritier, ambassadeur saoudien aux Etats-Unis, et Jamal Khashoggi. 

Selon le Washington Post, Khalid ben Salmane a conseillé à Jamal Khashoggi de se rendre au consulat saoudien à Istanbul, lui assurant qu'il ne lui arriverait rien. Le quotidien ajoute qu'il avait passé ce coup de téléphone à la demande de son frère.
Khalid ben Salmane a très rapidement réfuté avec fermeté les allégations du Washington Post. "C'est une accusation grave qui ne devrait pas être laissée à des sources anonymes", a-t-il écrit sur Twitter, assurant n'avoir jamais discuté d'un voyage en Turquie avec le journaliste. 

L'Arabie saoudite a changé à plusieurs reprises sa version officielle sur ce qui est arrivé à Jamal Khashoggi une fois entré au consulat à Istanbul. 

Réfugié aux Etats-Unis après être tombé en disgrâce à Ryad, Khashoggi, critique envers le prince héritier, coopérait régulièrement avec le Washington Post, pour lequel il écrivait des articles d'opinion. 

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