Un bombardement au gaz toxique imputé au régime syrien et ayant fait des dizaines de morts à Douma, a provoqué un tollé international. Ce lundi matin des bombardements sur une base militaire syrienne ont eu lieu. Les Etats-Unis démentent leur implication.

Une capture d'image tirée d'une vidéo publiée par la défense civile syrienne à Douma montre des volontaires non identifiés donnant de l'aide aux enfants dans un hôpital suite à une attaque chimique présumée sur la ville tenue par les rebelles le 8 av
Une capture d'image tirée d'une vidéo publiée par la défense civile syrienne à Douma montre des volontaires non identifiés donnant de l'aide aux enfants dans un hôpital suite à une attaque chimique présumée sur la ville tenue par les rebelles le 8 av © AFP / HO / AFP / SYRIA CIVIL DEFENCE

Le régime de Bachar al-Assad et son allié russe ont tous deux démenti une attaque chimique samedi à Douma, ultime poche rebelle dans la  Ghouta orientale, cette région clé aux portes de Damas que les pro-régime cherchent coûte que coûte à reprendre totalement.

Le président américain Donald Trump a prévenu qu'il faudrait "payer le prix fort" pour cette "attaque chimique insensée".  Les menaces à peine voilées de Donald Trump interviennent juste un an  après que le président américain a ordonné le lancement de 59 missiles de croisière sur une base du régime syrien, en représailles à une attaque chimique qui avait tué en avril 2017 plus de 80 civils à Khan Cheikhoun dans la province d'Idleb, dans le  nord-ouest du pays en guerre. 

Bombardements lundi matin

Dans la nuit de dimanche à lundi, la Maison-Blanche a annoncé que Donald Trump et Emmanuel Macron s'étaient entretenus au téléphone pour "vivement condamner" cette attaque chimique et se mettre d'accord en faveur d'une "réponse forte et commune", entendant tenir le régime de Bachar el-Assad comme "responsable de ses violations continues des droits de l'homme". 

Selon la télévision d'Etat syrienne, lundi au petit matin, plusieurs missiles ont frappé une base aérienne de l'armée syrienne dans la région de Homs. Huit missiles ont été abattus par l'armée syrienne, selon la chaîne publique de télévision, qui impute ce bombardement aux Etats-Unis. Mais le Pentagone a assuré que le pays ne menait actuellement aucune frappe aérienne en Syrie. 

48 morts dans l'attaque aux gaz toxiques ?

"De nombreux morts, y compris des femmes et des enfants, dans une attaque CHIMIQUE insensée en Syrie",  avait tweeté M. Trump dimanche, assurant qu'il faudra en "payer le prix fort"

Trump a pointé du doigt la responsabilité de la Russie et de l'Iran, un autre  soutien de Bachar al Assad qu'il a qualifié "d'animal". 

Les Casques Blancs, des secouristes en zones rebelles, un groupe insurgé ainsi que l'opposition en exil ont accusé le régime d'avoir mené  une attaque chimique samedi à Douma. Dans un communiqué conjoint, les Casques Blancs et l'ONG médicale  Syrian American Medical Society (SAMS) ont affirmé que 48 personnes avaient péri dans cette attaque aux gaz toxiques. Ils ont également  fait état de "plus de 500 cas, la plupart des femmes et des enfants",  qui présentent "les symptômes d'une exposition à un agent chimique". 

"Instruments d'extermination" 

Une vidéo  postée par les Casques blancs sur Twitter et présentée comme tournée  après l'attaque chimique présumée montre un enchevêtrement de corps sans  vie, dont ceux de femmes et d'enfants, allongés à même le sol, les yeux  parfois écarquillés et de la mousse blanche s'échappant de leur bouche. 

Firas al-Doumi, un secouriste à Douma a évoqué "des scènes  effroyables". "Il y avait de nombreuses personnes en train de suffoquer,  certaines sont mortes immédiatement", a-t-il dit à l'AFP. "C'était un  massacre. Il y avait une très forte odeur qui a entraîné des difficultés  respiratoires chez les secouristes". Il n'était pas possible de confirmer ces informations de source  indépendante. 

Le régime a qualifié ces accusations de "farce" et de  "fabrications". Moscou a "démenti fermement cette information". L'Observatoire syrien des droits  de l'Homme (OSDH), qui dispose d'un réseau de sources dans le pays, a  lui indiqué ne pas être en mesure de confirmer une attaque chimique. 

Ce drame a suscité un concert d'autres condamnations internationales. 

"Il n'y a pas une bonne guerre et une mauvaise, et rien, rien ne peut  justifier l'usage de tels instruments d'extermination contre des  personnes et des populations sans défense", a dit le pape François  devant des milliers de fidèles place Saint-Pierre. 

La Grande-Bretagne a estimé que "si cette nouvelle utilisation  d'armes chimiques par le régime est confirmée, il s'agirait d'un nouvel  exemple de la brutalité du régime d'Assad". 

La Turquie, parrain de groupes rebelles, a dit soupçonner fortement  le régime d'être responsable de l'attaque. Et le patron de l'ONU Antonio Guterres s'est dit "particulièrement alarmé" par le recours présumé au gaz. 

La France assumera "_toutes ses responsabilités"_a déclaré dimanche le ministre français des Affaires étrangères  Jean-Yves Le Drian, alors que Paris a plusieurs fois dit qu'elle  frapperait militairement en cas d'usage avéré d'armes chimiques.

Exprimant son "extrême préoccupation", Jean-Yves Le Drian a ajouté que la  France "assumera toutes ses responsabilités au titre de la lutte contre  la prolifération chimique. Elle demande que le Conseil de sécurité des  Nations unies se réunisse dans les meilleurs délais pour examiner la  situation dans la Ghouta orientale", selon une déclaration transmise à  la presse.

Les Casques Blancs, des secouristes en zones

Accord sur Douma 

Grâce à l'appui militaire de Moscou, le régime contrôle déjà plus de la moitié de la Syrie, ravagée par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts en sept ans. 

Déterminé à faire plier le groupe rebelle Jaich al-Islam, le dernier  encore présent dans la Ghouta orientale et retranché à Douma, le pouvoir  a, après l'échec d'une première session de négociations, de nouveau  bombardé intensément vendredi et samedi la ville tuant près d'une  centaine de civils, selon l'OSDH. Le régime a semble-t-il obtenu gain de cause. 

Selon l'agence  officielle syrienne SANA, un accord pour évacuer dans les prochaines 48  heures les rebelles de Douma, a été conclu dimanche avec Jaich al-Islam. Le groupe rebelle n'a pas réagi dans l'immédiat à cette annonce mais  selon SANA, des dizaines de bus sont entrés à Douma en prévision des  départs vers le nord syrien. Jusqu'à présent, Jaich al-Islam avait dit vouloir rester dans la Ghouta. 

Grâce à des accords d'évacuation négociés par Moscou ces dernières  semaines, plus de 46.000 combattants de deux autres groupes rebelles et  des civils ont quitté la Ghouta pour Idleb, une des provinces échappant  presque entièrement au régime.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.