Le bilan des attentats de Barcelone et Cambrils s'est alourdi. Au total, 14 personnes sont décédées et une centaine ont été blessées.

L'Espagne s'est recueillie ce vendredi à midi pour les victimes des attentats. Ici Place de Catalogne à Madrid
L'Espagne s'est recueillie ce vendredi à midi pour les victimes des attentats. Ici Place de Catalogne à Madrid © AFP / Anadolu Agency / Burak Akbulut

La Catalogne a été frappée jeudi par deux attentats commis à quelques heures d'intervalle, le premier dans à Barcelone sur Las Ramblas, l'avenue principale de la capitale catalane, le second sur la promenade en bord de mer de la cité balnéaire de Cambrils, à 120 km plus au sud.

Attaques coordonnées

Au total, on dénombre pour le moment 13 personnes tuées dans la première attaque et une centaine de blessés. Deux personnes ont été interpellées, un Espagnol et un Marocain, mais le conducteur du véhicule meurtrier, une camionnette blanche, est toujours dans la nature. Décrit par un témoin, il s'agirait d'un "homme très jeune, d'une vingtaine d'année, au visage mince". Vendredi après-midi, la police catalane a annoncé avoir arrêté une quatrième personne, sans donner plus d'information sur des liens ou une implication éventuels.

A Cambrils, le second attentat a fait sept victimes - six civils dont un grièvement, qui a succombé à ses blessures vendredi et un policier. "Cinq terroristes" présumés y ont été abattus. Les ceintures d'explosifs portées par certaines se sont avérées fausses.

Une troisième personne a été interpellée vendredi matin à Ripoll, une centaine de kilomètres au nord de Barcelone.

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Des questions se posent également sur un troisième événement meurtrier, une explosion dans la ville d'Alcanar, à 200km de Barcelone survenue jeudi à l'aube dans une maison. La police ne donne pour le moment pas de précisions, mais elle pense que cette explosion est liée aux attaques à la voiture-bélier survenues par la suite. Cette explosion a fait deux morts et, selon une source policière, les habitants de la maison préparaient des explosifs à l'aide de bonbonnes de gaz. Lors d'un autre incident, dont on ignore s'il est lié aux autres, la police a abattu jeudi un homme qui avait précipité sa voiture sur un barrage routier à Barcelone.

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"Une attaque de plus grande envergure"

Le porte-parole de la police catalane Josep Lluis Trapero a affirmé, vendredi, que les auteurs des attentats préparaient "une attaque de plus grande envergure". Lors d'une conférence de presse, il a expliqué que "l'explosion d'Alcanar a permis d'éviter des attentats" d'une autre dimension.

Par ailleurs, la police catalane a indiqué que trois des cinq terroristes tués jeudi soir à Cambrils avaient été identifiés. Toujours selon les autorités catalanes, les attaques de Barcelone et Cambrils ont pu être préméditées pour être effectuées l'une après l'autre.

Plusieurs hommes sont recherchés

Les forces de l'ordre espagnoles recherchent encore au moins quatre personnes, trois sont de Ripoll, petite ville de quelque 10.000 âmes, où trois personnes ont déjà été arrêtées dans le cadre de l'enquête sur les attentats.

La police espagnole a transmis vendredi aux autorités françaises le signalement d'un véhicule blanc de type Kangoo qui pourrait avoir passé la frontière franco-espagnole.

Treize personnes tuées, 28 Français blessés

Le bilan s'est rapidement alourdi jeudi soir, le gouvernement espagnol confirmant la mort de treize personnes et de nombreuses personnes blessées. "Nous pouvons confirmer qu'il y a 13 morts et plus d'une centaine de blessés" a déclaré Joaquim Forn, le responsable de l'Intérieur du gouvernement régional catalan.

A Cambrils, une personne est grièvement blessée parmi les six passants fauchés sur la promenade près de la plage. Un policier a également été blessé.

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a décrété trois jours de deuil national à partir de ce vendredi. Une minute de silence aura également lieu à midi vendredi, en solidarité avec les victimes des attentats. Sur place immédiatement après l'attaque de Barcelone, il a déclaré à la presse : "Nous sommes unis dans la douleur. Mais nous sommes surtout unis par la volonté de mettre fin à cette folie et cette barbarie".

Jean-Yves Le Drian a précisé, lors d’une conférence de presse vendredi après-midi à Barcelone, que 28 Français ont été blessés, 18 sont toujours hospitalisés, et huit sont dans un état grave, dont quatre enfants. Le ministre des Affaires étrangères, qui a "exprimé toute [s]a sympathie" à "ces compatriotes ainsi qu'à leurs proches".

Une enquête antiterroriste a part ailleurs été ouverte vendredi par le parquet de Paris. L'enquête en flagrance, habituelle quand des Français sont victimes d'actes terroristes à l'étranger, a été ouverte pour "tentatives d'assassinats en lien avec une entreprise terroriste". Elle est confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).

Au moins 34 nationalités sont pour le moment touchées. Jeudi soir, le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders confirmait la mort d'une femme belge et vendredi matin, le gouvernement italien a confirmé le décès d'un homme de 35 ans, sous les yeux de ses enfants, d'une autre victime décédée ainsi que de trois personnes blessées. Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson a annoncé la mort d'au moins un ressortissant américain.

Recueillement à Barcelone

Des milliers de personnes rassemblées place de Catalogne à Barcelone, à quelques mètres des Ramblas, ont observé vendredi à midi une minute de silence en présence du roi, du président du gouvernement Mariano Rajoy et du président régional Carles Puigdemont avant de scander "No tinc por, no tinc por", "nous n'avons pas peur" en Catalan.

Thibault Lefevre était place de Catalogne

Revendications du groupe État islamique

Le premier attentat, dans la capitale catalane, a rapidement été revendiqué par le groupe État islamique par l'intermédiaire de son agence de presse. L'organisation terroriste reste pour le moment silencieuse quant à la seconde attaque, à Cambrils.

L'attaque à la voiture-bélier est un scénario désormais classique : une grande ville touristique, une artère bondée, une camionnette blanche qui descend l'avenue à grande allure, zigzagant dans la foule et projetant au passage les victimes sur le sol.

L'Espagne, cible potentielle ?

L'Espagne n'est pourtant pas le pays avec le plus de djihadistes potentiels sur son territoire. En comparaison avec ses voisins européens, l'Espagne a vu peu de ses résidents partir pour la Syrie et l'Irak en comparaison de ses voisins européens : 200 d'entre eux ont rejoint les rangs du groupe État islamique (contre au moins 700 pour la France) Elle connait en revanche un nombre important de détenus dans des affaires terroristes.

Malgré des opérations policières préventives, l'Espagne abrite toujours des cellules terroristes. Selon le principal think tank espagnol le Real Instituto Elcano, des réseaux dormants depuis deux décennies se sont réactivés avec la montée du terrorisme islamiste dans le nord Mali et en Syrie. C'est en particulier le cas à Barcelone. La capitale catalane et ses environs sont devenus selon lui le principal foyer du terrorisme djihadiste en Espagne avec des connections internationales.

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