Alors que le pic de l’épidémie de Covid-19 a été atteint en Europe, c’est aujourd’hui en Amérique latine que la propagation est la plus forte. Le Brésil est devenu l’épicentre mondial de la pandémie. Le cimetière de Vila Formosa, dans la banlieue de Sao Paulo, doit faire face à une augmentation de 70% de son activité.

Au cimetière de Vila Formosa, le plus grand d'Amérique latine, en périphérie de Sao Paulo, l'activité a augmenté de 70 %.
Au cimetière de Vila Formosa, le plus grand d'Amérique latine, en périphérie de Sao Paulo, l'activité a augmenté de 70 %. © Radio France / Olivier Poujade

Au Brésil, le coronavirus tue désormais en moyenne un millier de personnes chaque jour. Dans le pays, 500 000 personnes seraient contaminées, et ces chiffres sont sans doute largement sous-estimés.

Au cimetière de Vila Formosa, le plus grand d'Amérique latine, en périphérie de Sao Paulo, James ne marque aucune pause. Il retourne la terre fraîche et creuse inlassablement, avec précision, de petites tranchées dans l’ocre rouge.

On sait que quelqu’un  finira par occuper ces tombes. Ça nous inquiète. On devra en creuser combien demain ? Cinquante aujourd’hui. Demain, ce sera 70, 80, 100 ? Derrière tout ça ce sont des familles qui sont détruites.

Ici, l'activité a augmenté de 70  %. Chaque victime du Covid-19 est identifiée par l’administration : D3, c'est le code qui apparaît sur le sac plastique qui enveloppe le corps. En d'autres termes, pas de veillée funèbre et des enterrements qui ne durent pas plus de cinq minutes.

Pour une victime du Covid-19, les enterrements ne durent pas plus de 5 minutes.
Pour une victime du Covid-19, les enterrements ne durent pas plus de 5 minutes. © Radio France / Olivier Poujade

En vingt-deux ans de service, Edilson n’a jamais vu ça :

On ne peut pas être sensible à la douleur des familles. Si tu enterres 80 personnes et que tu te laisses déborder par leur émotion, tu ne peux plus travailler. Il faut garder son sang froid et faire son travail. C’est une routine.

Cette routine effraie de plus en plus les fossoyeurs de Vila Formosa. Tous le reconnaissent, mais Zeca ne veut surtout pas dévier de son objectif :

Chaque corps aura sa propre tombe, un enterrement digne. Vous avez sûrement vu qu’ailleurs au Brésil, dans le Mato Grosso, ils ont été débordés et ils ont dû ouvrir des fosses communes. Ici, on essaie d’anticiper ça.

Se préparer chaque jour à ensevelir de plus en plus de victimes du coronavirus, pendant que le président Bolsonaro continue de prendre ses bains de foule.

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