Face à l'épidémie mondiale de coronavirus, le Brésil semble avoir une gestion politique de la crise sanitaire hasardeuse. Notamment sur le traitement à l'hydroxychloroquine que le président Bolsonaro encourage, allant ainsi contre les recommandations scientifiques.

Le president brésilien Jair Bolsonaro.
Le president brésilien Jair Bolsonaro. © AFP / NurPhoto / Andres Borges

Le Brésil, nouvel épicentre mondial de l’épidémie de coronavirus, tâtonne sur les réponses à apporter à la crise sanitaire. 500 000 personnes contaminées, plus de 1000 morts par jour et une gestion politique totalement confuse. Parmi les sujets de discorde entre le président d’extrême-droite Jaïr Bolsonaro et les gouverneurs des états, l’usage de la chloroquine. L’Organisation mondiale de la santé a récemment suspendu ses essais cliniques sur cette molécule jugée efficace pour certains (dont le professeur marseillais Didier Raoult) et dangereuse pour d’autres. Le Brésil n’échappe pas à la règle et, en dépit des doutes persistant autour de l’usage de la chloroquine, le président Bolsonaro continue de vanter ses mérites et certaines villes au Brésil ont même décidé de la distribuer.

Le "miracle" de Porto Feliz

À une centaine de kilomètres au nord de Sao Paulo, la capitale économique brésilienne, les habitants Porto Feliz ont été placés en quarantaine. Des contrôles stricts ont été mis en place à l’entrée de la ville. À l’intérieur, une unité de soins intensifs particulièrement efficace selon le bilan dressé par sa responsable, Ana Paula Melo Dos Santos. "Le nombre de patients dont l’état s’est amélioré est considérable, sur les 150 cas que l’on a ici, 37 ont été internés, 35 ont déjà récupéré." 

Des résultats attribués à la distribution d’un "kit Covid 19". Ce cocktail de médicaments comprend des doses de chloroquine. Le maire de Porto Feliz, Antonio Cassio Prado, qui a investi dans ce programme et semble particulièrement fier de son initiative : "Ce kit coûte moins de 10 euros et il n’y aucune raison que les gens ne l’utilisent pas. Son efficacité est prouvée sur les cinq ou six premiers jours de la maladie."

Confusion

Seuls les partisans du président brésilien Bolsonaro soutiennent ce genre d’initiatives, car tous les scientifiques du pays, comme Jorge Salluh chercheur en médecine de soins intensifs à l’Université de Rio (UFRJ), sont contre la prescription de cette molécule. Pourtant, le ministère de la Santé brésilien, lui, la recommande. 

"Cela créé une confusion et met les médecins sous la pression des familles qui ont peur de ce virus et leur réclament ce traitement", dit-il. "Il y a donc des informations contradictoires, qui peuvent conduire à un usage excessif d’un traitement dont l’efficacité n’est pas prouvée et qui présente même un taux élevé d’effets collatéraux, principalement cardiovasculaires, comme des arythmies cardiaques, ces effets peuvent avoir des conséquences graves".

Le 22 avril dernier, une étude préliminaire menée au Brésil sur l’efficacité de la chloroquine a subitement été interrompue : sur les 81 patients qui ont participé à cet essai, onze ont trouvé la mort à cause d’une dosage trop élevé de chloroquine.

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