Elle est devenue le visage de la campagne anti-Bolsonaro au Brésil. Ludmilla Teixeira, activiste noire de 36 ans, est à l'origine du groupe Facebook "femmes unies contre Bolsonaro". Avec 4 millions de membres, leur slogan, #EleNão ("pas lui"), est devenu viral sur les réseaux sociaux.

Ludmilla Teixeira, créatrice du groupe facebook "les femmes unies contre Bolsonaro" mène sur les réseaux sociaux une lutte sans relâche contre le candidat d'extrême droite.
Ludmilla Teixeira, créatrice du groupe facebook "les femmes unies contre Bolsonaro" mène sur les réseaux sociaux une lutte sans relâche contre le candidat d'extrême droite. © Capture d'écran "Youtube"

“Ele não!”, “Ele Nunca!”, “Ele Jamais”. Ce slogan, « pas lui, lui jamais » retentit encore dans les rues du Brésil. Le samedi 20 octobre, des milliers de femmes ont manifesté contre Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême droite, favori des élections présidentielles. Parmi ces femmes, il y a Ludmilla Teixeira. Cette publicitaire, originaire de Salvador de Bahia, a contribué à créer le groupe Facebook « Femmes unies contre Bolsonaro ». 

Tout commence à la fin de l'été. Ludmilla Teixeira a 36 ans. Elle est noire, salariée d'un établissement public et activement féministe. Quand elle voit Jair Bolsonaro grimper dans les sondages, elle sait qu'il va falloir se mobiliser. Qu'il va falloir réunir "les femmes qui ne se reconnaissent pas dans ce candidat machiste, misogyne et homophobe". Rien d'étonnant pour celle qui est, "depuis son adolescence, de tous les mouvements étudiants et de toutes les luttes syndicales", précise le quotidien Le Monde

Ludmilla Teixeira décide alors de créer ce groupe qui - en moins de 48 heures - enregistre 6.000 membres. La Brésilienne comprend alors qu'elle n'est pas seule dans son combat. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, elle en appelle à l'union de toutes les femmes.  "Nous ne devons pas nous focaliser sur nos différences, nous devons nous concentrer sur ce qui nous unit et ce qui nous unit c'est barrer la route à cet escroc". Ludmilla Teixeira fait référence à Jair Bolsonaro, "cette chose", "ce visage", sans jamais le nommer. Pour elle, il n'est rien d'autre que l'homme à battre, au-delà des divisions politiques. 

Son mouvement, Ludmilla Teixeira le veut « apolitique ». Ce n’est pas un mouvement pro Fernando Haddad, le candidat du parti des travailleurs, mais bien un mouvement contre Jair Bolsonaro, insiste-t-elle. "Contre le fascisme, l'homophobie et le machisme", rappellent régulièrement les comptes Twitter du mouvement. 

Aujourd’hui le mot-clé «  #EleNão » ("Pas lui") est devenu viral sur les réseaux sociaux. Quant au groupe Facebook, il compte plus de 4 millions de membres mais un seul visage. Celui de Ludmilla Teixeira. Mais Ludmilla Teixeira n'est pas qu'un visage, c'est avant tout une « femme, noire, du Nord, féministe, défenseure des animaux et des minorités, agnostique et activiste politique ». C’est en ces termes que Ludmilla Teixeira se décrit sur son compte Facebook.

« Dehors Bolsonaro ! »

Depuis deux mois, elle ne passe pas un jour sans poster des articles, des liens ou des vidéos qui critiquent Jair Bolsonaro. Ludmilla Teixeira dérange et pour cause, à la mi-septembre, son profil Facebook ainsi que le compte du groupe ont été piratés. 

Toujours dans une vidéo, la trentenaire contre-attaque : "Ils veulent éliminer ma vie virtuelle, ils ne veulent plus que je parle, mais vous n’allez pas y arriver, car vous ne pourrez pas pirater les urnes. Ou nous nous unissons maintenant pour lutter, ou nous ne pourrons que pleurer. Cette candidature est néfaste et on va redire toutes ensemble « pas lui », « dehors Bolsonaro ! »

Mais en devenant la voix et le visage des anti-Bolsonaro, Ludmilla Teixeira est aussi devenue la bête noire des pro-Bolsonaro. Elle n'est d'ailleurs pas la seule. Selon le PSOL, le parti socialiste brésilien, une autre militante du mouvement des femmes a quant à elle été agressée en pleine rue. Maria Tuca Santiago, coordinatrice de campagne d’un candidat local du PSOL, a été frappée et menacée, le 24 septembre dernier, par trois hommes armés de revolvers. 

Ludmilla Teixeira sait qu'elle prend des risques à s'exposer ainsi sur la toile. C'est la raison pour laquelle, dans toutes les interviews qu'elle accorde, la féministe se contente de hurler son combat sans rien dévoiler de sa vie personnelle. En attendant le second tour, le 28 octobre prochain, Ludmilla Teixeira continue de lutter, sur Internet et dans la rue, contre le candidat d'extrême droite, Jair Bolsonaro crédité à 59 % des intentions de votes.

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