Burkina Faso ide
Burkina Faso ide © Radio France

Des dizaines de milliers de personnes sont à nouveau descendues dans la rue vendredi matin à Ouagadougou aux cris de "Blaise dégage". Alors que le chef de l'armée a annoncé jeudi soir la dissolution de l'Assemblée nationale et la formation d'un gouvernement de transition pour une durée de 12 mois, le Président burkinabé a ténté de reprendre la main dans une allocution télévisée jeudi soir. "J'ai entendu le message. Je l'ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations au changement", a affirmé Blaise .Compaoré, qui s'est dit "disponible à ouvrir des pourparlers pour une période de transition à l'issue de laquelle je transmettrai le pouvoir au président démocratiquement élu".

Les mots du chef de l'Etat étaient très attendus après l'annonce par l'armée burkinabè d'une prise de pouvoir un peu plus tôt dans la soirée lorsque le général Honoré Traoré a annoncé, lors d'une conférence de presse, la mise en place d'un gouvernement de transition dans le cadre d'une consultations de tous les partis politiques.

La situation au Burkina Fase s'ets précipitée jeudi matin avec la prise de l'Assemblée Nationale par des manifestants hostiles à la réforme constitutionnelle voulue par le président Burkinabé et et qui devait être votée dans la matinée. Les manifestants se sont ensuite attaqués à la télévision publique qui a cessé d'émettre. Des émetteurs radio, dont celui de RFI, ont été coupés sans qu'on sache qui en est responsable. Les manifestants ont aussi marché en direction des bureaux du Premier ministre. Des témoins sur place signalent également l'attaque d'un des plus grand hôtel de la capitale. Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants qui tentaient de prendre d'assaut le domicile du frère du président Compaoré.

Plusieurs centaines de manifestants burkinabè, venus à moto ou à pied, ont ensuite fait face aux soldats de la garde présidentielle, dont certains ont effectué des tirs de sommation pour les tenir à 500 mètres de Kosyam, le palais présidentiel.

Blaise Compaoré a joué son va-tout deux fois dans la journée

Alors que toutes les rumeurs avaient couru sur le lieux ou pouvait se trouver le président burkinabé qui ne s'est pas exprimé de la journée, jeudi, sauf par Twitter, Blaise Compaoré a décrète l'état d'urgence via un communiqué jeudi après-midi. Il a annoncé la dissolution du gouvernement et l'ouverture de négociations avec l'opposition.

Il assure également resterait au pouvoir jusqu'à l'élection d'un nouveau chef d'État, prévue en 2015.

C'est peu avant minuit que le Président est apparu pour la première fois à la télévision. Blaise Compaoré a annulé l'état de siège qu'il avait décrété quelques heures plus tôt et n'a pas indiqué qu'il démissionnerait :

J'ai entendu le message. Je l'ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations au changement. Je reste disponible à ouvrir avec vous des pourparlers pour une période de transition à l'issue de laquelle je transmettrai le pouvoir au président démocratiquement élu.

Est-ce trop tard ?

L'opposition demande au président Compaoré de "tirer les conséquences" de l'assaut contre l'Assemblé qui aurait fait un mort, pour l'instant.

L'armée burkinabè s'est "soudée avec le peuple" contre le président Blaise Compaoré, a affirmé jeudi Bénéwendé Sankara, l'un des leader de l'opposition, qui a demandé la démission du chef de l'Etat.

Bénéwendé Sankara joint par Géraldine Hallot

On ne peut pas tirer sur son peuple. Blaise Compaoré l’a fait, il est disqualifié pour diriger ce pays

Le chef de l'opposition Zéphirin Diabré a indiqué sur son compte Twitter qu'il était opposé à un coup d'Etat. Il avait auparavant appelé l'armée à faire cause commune avec la population dans un discours diffusé depuis son quartier général.

La foule désigne un successeur ?

Cet après-midi plusieurs dizaines de milliers de manifestants scandaient "Lougué au pouvoir". Louamé Lougué, un général en retraite, très apprécié des troupes et de la population, qui a participé au coup d'Etat qui a porté Blaise Compaoré au pouvoir en 1987.

Ce même Louamé Lougué,soutenu donc par des manifestants, a rencontre l'état-major des armées ensuite. Avant de rejoindre des responsables de l'opposition dont Bénéwendé Sankara.

Alybadra Diallo, l’un des manifestants à Ouagadougou, joint par Julie Piétri

On restera dans la rue jusqu'à ce que Compaoré soit parti, on attend la déclaration du général Lougué

La contestation au dela de la capitale

A Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays, mairie et siège du parti présidentiel 0nt également été incendiés. Des manifestants ont également brûlé le domicile du maire (pro-Compaoré) ainsi que celle du porte-parole du gouvernement Alain Edouard Traoré.

Se maintenir au pouvoir en s'appuyant sur les institutions

Arrivé aux pouvoir il y a 27 ans par un putsch, Blaise Compaoré, 63 ans, devait achever l'an prochain son dernier mandat, après deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015). Il souhaite pourtant un nouveau mandat et après avoir modifié deux fois la constitution, en 1997 puis en 2000, il comptait bien sur la nouvelle "retouche" que devaient apporter les députés pour porter à trois le nombre maximum de quinquennats, une réforme et contre laquelle les manifestants donnent de la voix depuis plusieurs jours.

L'opposition craint que ce nouveau changement conduise le chef de l'Etat à accomplir non pas un mais trois mandats supplémentaires, lui garantissant 15 années de plus au pouvoir.

Des manifestations depuis plusieurs jours

Les leaders de l'opposition appelaient depuis plusieurs jours le peuple à "marcher sur l'Assemblée" afin d'empêcher le vote mais sans sombrer dans la violence. Ils ont été entendus puisque mardi, une manifestations monstre a vu des centaines de milliers déscendre dans la rue pour dénoncer le "coup d'Etat constitutionnel", après de premières échauffourées dans la nuit de lundi à mardi.

Des précautions très importantes avaient été prises pour garantir le vote. Depuis mardi soir, une centaine de policiers quadrillaient les abords du Parlement, rejoints pas de nombreux militaires mercredi. Les députés de la majorité avaient en outre dormi dans la nuit de mercredi à jeudi dans un hôtel voisin de l'Assemblée, gardés par des éléments en arme du régiment de la sécurité présidentielle, un corps d'élite.

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