L'élection présidentielle camerounaise se déroule ce dimanche sans réel suspense : Paul Biya devrait être réélu pour un septième mandat consécutif. Mais le président sortant, qui s'enorgueillit de gouverner un pays en paix, est confronté à une grave crise sécuritaire dans la partie anglophone du Cameroun.

Paul Biya devrait être réélu dimanche président du Cameroun
Paul Biya devrait être réélu dimanche président du Cameroun © Radio France / Valérie Crova

C'est la plus grave crise que connait le Cameroun depuis son indépendance, il y a 58 ans, mais sans menacer réellement la probable réélection de Paul Biya, 85 ans, à la tête du pays pour son septième mandat consécutif.

Une élection jouée d'avance

Face à lui, huit opposants, dont trois principaux : Maurice Kanto, Joshua Osih et Akeré Muna. Tous craignent qu'une fraude massive vienne entacher le scrutin.

Le RDPC, le parti au pouvoir, verrouille tout et permet à son candidat, le président sortant, de disposer de moyens substantiels pour mener campagne. Moyens financiers donc, mais aussi modification des lois pour conserver le pouvoir, comme le dénonce le réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale.

Paul Biya "a fait changer la Constitution, déplore Maximilienne Ngo Mbe, la dirigeante du réseau, ce qui lui permet d'être réélu "indéfiniment"

Si toutefois les armes dont disposent le RDPC ne suffisaient pas à lui faire remporter les élections, l'opposition s'attend à de la fraude. Sur ce point, "rien n'a changé" depuis l'accession de Paul Biya au sommet de l'État en 1982, se lamente Nsamé Mbongo, philosophe et sociologue : 

La fraude est peut-être le principe numéro un des élections au Cameroun. L'organisme qui doit gérer les élections est totalement sous le contrôle du pouvoir.

À ce moment là, même pas besoin de tricher, il suffit de donner "les résultats qu'on veut".

La crise sécuritaire anglophone n'ébranle pas le pouvoir en place

Au-delà des inquiétudes de scrutin joué d'avance, l'élection semble compromise pour 20 % de la population : les 5 millions d'habitants de la partie anglophone du pays. Dans cette zone, des groupes séparatistes s'opposent à l'armée et aux forces de l'ordre camerounaises. Depuis un an, 170 policiers et militaires ont été tués, tout comme 400 civils, selon le décompte des ONG. 

Résultat, la population se déplace massivement pour fuir le conflit. Dans la seule région du sud-ouest du Cameroun, on compte près de 250 000 déplacés. Ceux qui le peuvent vont jusqu’à Douala, la capitale économique du Cameroun. 

Là-bas, nombre d'anglophones viennent se réfugier dans les habitations rudimentaires de Bonabéry, un quartier bilingue situé près de l'entrée ouest de la ville.

Parmi ces réfugiés, Thérèse, qui enseignait l'anglais dans sa ville natale, Buea, chef lieu du sud ouest. Son petit dernier dans les bras, elle  raconte comment le gouvernement a envoyé "des enseignants francophones enseigner dans des écoles anglophones". Mais ces derniers ne maîtrisent pas la langue, ce qui pousse les enseignants à protester dans la rue. Ils sont rejoints par les avocats, descendus manifester avec eux. Face aux manifestants, des soldats qui ouvrent le feu. 

"C'est là où cela a dégénéré", explique Thérèse. Ce qui était au départ des revendications corporatistes s’est transformé en une guerre contre le pouvoir central. 

Scrutin compromis dans la zone anglophone

Face à la répression, des groupes armés ont commencé à attaquer des bâtiments publics comme les écoles, devenues un enjeu de cette bataille pour la reconnaissance de la cause anglophone. Celle de Thérèse, d'ailleurs, a été incendiée en septembre dernier.

Yaoundé, capitale politique, a envoyé les forces de sécurité pour mater ceux qui sèment le trouble, sans toujours faire la différence entre les civils et ceux qui ont pris les armes. L'armée dit "'que tous les anglophones sont des sécessionnistes" confirme l'enseignante. Devant ces violences, les séparatistes promettent que le scrutin n'aura pas lieu dimanche dans la zone anglophone, ce qui fait craindre une nouvelle confrontation avec les forces armées déployées en masse dans la région.

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