Un nouveau virus, un coronavirus semblable au Sras, a provoqué la mort de plusieurs personnes en Chine, avec des centaines de cas d'infection. Alors que les autorités s'inquiètent de sa propagation, la peur d'une épidémie semblable à celle de 2003 est dans tous les esprits.

 L'épidémie de 2002-2003 a fait 774 morts dans le monde, selon l'OMS.
L'épidémie de 2002-2003 a fait 774 morts dans le monde, selon l'OMS. © AFP / Peter Parks

L'inquiétude se propage à grande vitesse. De nombreux pays d'Asie ont renforcé mardi leurs contrôles face à la propagation du nouveau virus semblable au syndrome respiratoire aigu sévère (Sras), qui a déjà provoqué la mort de neuf personnes en Chine et qui fait redouter une crise sanitaire mondiale. Le virus pourrait "muter" et se propager plus facilement. D'autant que plane le spectre d'une autre épidémie : en 2002 et 2003, le Sras avait provoqué la mort de centaines de personnes, principalement en Chine et à Hong-Kong. Mais au fait, comment la pandémie s'est-elle terminée à l'époque ?

Parti en 2002 du fin fond de la province du Guangdong, en Chine, le Sras a affecté, en six mois, une trentaine de pays et infecté près de 10.000 personnes. L'épidémie a fait 774 morts dans le monde, selon le bilan dressé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce sont la Chine continentale et Hong Kong qui ont payé le plus lourd tribut, avec respectivement 349 et 299 morts. Des chiffres qui peuvent paraître importants, mais qu'il s'agit tout de même de relativiser explique à France Inter François Godement, conseiller pour l'Asie à l'Institut Montaigne : "Même le Sras de l’époque n’a pas fait autant de mort qu’une épidémie de grippe."

Le bilan économique a été très lourd. Selon les estimations de l'OMS toujours, l'épidémie de Sras aurait coûté quelque 54 milliards de dollars (41 milliards d'euros). Un chiffre qui inclut la chute des revenus touristiques (-80% en Chine), ainsi qu'un manque à gagner de l'ordre de 50% pour les compagnies aériennes, les restaurants, les agences de tourisme et les chauffeurs de taxis.

Comment l'épidémie a-t-elle été enrayée ?

Après, et même pendant la crise, l'OMS a vivement critiqué la Chine pour avoir tenté de dissimuler l'ampleur de la pandémie. "Chaque autorité locale préférait nier le problème : chacune était en concurrence avec l’autre pour avoir le moins de cas possible, ou pas de cas du tout. De son côté, le gouvernement central a aussi clairement manqué de clairvoyance et d’esprit de décision dans cette affaire", décrypte François Godement. Pour l'historien, les autorités chinoises ont enchaîné les erreurs : "La première erreur a été de dissimuler l’existence même du coronavirus, puis l’ampleur de la contamination en Chine même, en niant la dangerosité, puis de retarder les mesures de prophylaxie qui ont entraîné une diffusion plus grande du virus y compris à l’étranger." En avril, les autorités reconnaissent que le nombre de cas signalés est dix fois supérieur aux 37 initialement évoqués. Pire, elles avouent que le premier cas a été gardé secret pendant près d'un mois.

Les dissimulations laissent placent à des mesures drastiques : "La Chine d’outre-mer en particulier, Hong-Kong et Singapour, ont été mis sous séquestre : la population a été très largement restreinte dans ses mouvements pendant toute une période au printemps 2003", rapporte François Godement. Des conditions d'hygiène extrêmement strictes ont été instaurées : interdiction de cracher, port de masque sanitaire, obligation de se laver souvent les mains, de passer sur des paillassons désinfectés avant d'entrer, et ce quel que soit l'endroit.

Des écoliers hongkongais portant des masques, en juillet 2003.
Des écoliers hongkongais portant des masques, en juillet 2003. © AFP / Peter Parks
Différents types de masques.
Différents types de masques. © AFP / Peter Parks

L'OMS, de son côté, a lancé une alerte internationale sur "une forme grave et atypique de pneumonie au Vietnam, à Hong-kong et dans la province de Canton", relate Le Monde. L'Organisation mondiale de la santé a alors mobilisé dans le monde entier des équipes de cliniciens et d'épidémiologistes, ainsi qu'un réseau de treize laboratoires. Elle a en outre fait circuler des recommandations pour surveiller les transits dans les aéroports et pour protéger les personnels hospitaliers. "Il fallait faire comprendre qu'il suffisait d'une personne infectée à Hong Kong pour créer un gros problème à Toronto", rapporte au Monde Dick Thompson, du département des maladies transmissibles à l'OMS. Les civettes, petits mammifères soupçonnés d'être à l'origine de la transmission du virus à l'homme, ont-eux été la cible d'une campagne d'extermination par les autorités chinoises.

Peu à peu, le virus, peu combatif, perd du terrain. L'épidémie semble avoir été presque totalement endiguée le 2 juillet 2003, "grâce aux mesures d’isolement et de quarantaine", rapporte l'institut Pasteur.

Et en France ?

En France, dès le déclenchement de l'alerte internationale, une surveillance épidémiologique a été coordonnée par Santé publique France. Tout cas possible de Sras devait être signalé, et le patient était alors mis en isolement. L’évaluation médicale et épidémiologique permettait le classement soit en "cas exclu", ou en "cas probable". Les personnes qui étaient entrées en contact avec des cas probables de Sras étaient alors placées en quarantaine pendant 10 jours à domicile et suivies quotidiennement, jusqu'à ce que plus aucun cas ne soit signalé.

Au total, entre mars et juillet 2003, 437 cas possibles de Sras ont été signalés sur le territoire. Sur ce nombre, sept "cas probables" ont été retenus dont un patient décédé, et 77 contacts ont été suivis. Aucune transmission secondaire n'a été identifiée.

Le Sras fait partie de ce qu'on appelle les "coronavirus".
Le Sras fait partie de ce qu'on appelle les "coronavirus". © AFP / Kun Tian, Gal Roma, Frédéric Garet
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