La présidentielle sénégalaise aura lieu ce dimanche 24 février. Près de sept millions d’électeurs sont appelés à voter. Ils auront le choix entre cinq candidats dont le président sortant Macky Sall, qui brigue un second mandat.

Le président sortant Macky Sall a donné un dernier meeting géant au stade Senghor, vendredi
Le président sortant Macky Sall a donné un dernier meeting géant au stade Senghor, vendredi © AFP / Seyllou

Macky Sall, tout pour le premier tour

Le président sortant en a fait un slogan dans ses meetings. “70% au premier tour !” reprennent en cœur ses militants. Pour l’emporter à la majorité absolue dès dimanche, Macky Sall compte capitaliser sur l’absence de deux adversaires dans l’opposition, Karim Wade et Khalifa Sall. Les deux hommes n’ont pas pu se présenter à l’élection en raison de leurs ennuis judiciaires. Le président, avec sa coalition, a même absorbé une partie de l’opposition en construisant une alliance inédite avec le Parti socialiste, celui de Léopold Sédar Senghor, et donc le plus ancien du Sénégal. 

Macky Sall, le président sortant du Sénagal
Macky Sall, le président sortant du Sénagal © AFP / Seyllou

Pour faire campagne, ce fils de fonctionnaire sillonne le pays à la rencontre des électeurs. Et vante à tour de bras son bilan économique, et les infrastructures réalisées sous son mandat : un aéroport, plusieurs routes et un train. Autant d’infrastructures dont beaucoup ont été inaugurées peu de temps avant le scrutin. L’homme, s’il est réélu, promet la mise en place de la phase II de son plan “Sénégal émergent” de grands travaux et de constructions d’infrastructures financé par des bailleurs de fonds, dont la Banque Mondiale. Libéral, il est issu des rangs du Parti Démocratique Sénégalais d’Abdoulaye Wade, qu’il a quitté en 2008 pour fonder son propre mouvement. C’est son parti et ses alliances qui lui permettent d’accéder au pouvoir face à Abdoulaye Wade lui-même en 2012. 

Madické Niang ou les fantômes du PDS

Madicke Niang lors d'un meeting, le 22 février à Pikine
Madicke Niang lors d'un meeting, le 22 février à Pikine © AFP / Carmen Abd Ali

Lui aussi est issu des rangs du Parti Démocratique Sénégalais. Madické Niang, 65 ans, doyen de l’élection présidentielle, assure régulièrement qu’il en fait toujours partie “j’y suis et j’y reste, dans les pas d’Abdoulaye Wade” souligne-t-il fréquemment dans les médias. Et pour cause Madické Niang n’a jamais été officiellement exclus du parti d’Abdoulaye Wade. Son crime ? S’être présenté à la magistrature suprême, sentant le vent tourner pour Karim Wade. Depuis Doha au Qatar, le fils de l’ancien président a vu sa candidature invalidée par les sages du Conseil constitutionnel du Sénégal en janvier. Et pour cause, Karim Wade a été condamné à six ans de prison pour des faits de corruption : une peine qui le rend inéligible. 

Madické Niang fait donc figure de dissident, entretenant un rapport quasi filial avec Abdoulaye Wade. Un rapport à sens unique : lors de son retour, l’ancien chef de l’Etat a évoqué les candidats retenus pour le scrutin… sans citer une seule fois Madické Niang. Pour son pays, le candidat promet une batterie de mesures sociales en direction des jeunes, qui représentent 60% de la population sénégalaise.

Idrissa Seck, nouvelle tentative pour éternelle figure de l’opposition 

Idrissa Seck sur la tournée de sa "caravane orange"
Idrissa Seck sur la tournée de sa "caravane orange" © AFP / Seyllou

Insaisissable, se dérobant souvent devant les médias, cultivant un certain mystère autour de son parti : Idrissa Seck. Il représente un concurrent très sérieux pour le président Macky Sall. La coalition d’Idrissa Seck est forte du soutien de Khalifa Sall, l’ex-maire de Dakar emprisonné et ne pouvant pas participer au scrutin. Sur le terrain l’élu avant son emprisonnement était très populaire, faisant même un carton aux dernières élections locales. 

Avec ce soutien, Idrissa Seck compte faire mentir Macky Sall, et pourquoi pas créer une “vague orange” pour passer dès le premier tour. Il a bénéficié sur la fin de sa campagne du soutien logistique des militants de Khalifa Sall, très fidèles à l’ancien maire et connus pour leur détermination. Le soir du scrutin, Idrissa Seck a choisi d’être non pas à Dakar mais à Thiès, sa ville natale… et aussi son bastion électoral dont il a été le maire. Thiès, une ville stratégique cette année d’après plusieurs observateurs. 

Issa Sall, le rigoriste

Issa Sall, le 20 février à Thies, au Sénégal
Issa Sall, le 20 février à Thies, au Sénégal © AFP / MICHELE CATTANI

Candidat à la présidentielle, Issa Sall est également président d’université. L’université du Sahel, dans un quartier résidentiel de Dakar, accueille un millier d’étudiants. Impossible d’y rentrer avec une “boisson sucrée” ou encore des “jeans troués” précise une grande affiche sur le perron du bâtiment. Un règlement intérieur rigide, à l’image d’Issa Sall, “vraiment très organisé” et “pas connu pour sa flexibilité” précisent ses propres étudiants. 

Son parti, le parti Unité et Rassemblement, il l’a voulu organisé : on porte tous du vert, et on doit connaître le programme. Issa Sall, informaticien de formation (aux Etats Unis), est également membre de la confrérie musulmane soufie des Tidianes, d’une de ses branches rigoriste : les moustarchidines. Son parti, le PUR, est également très encadré par les moustarchidines, d’après plusieurs politologues sénégalais. Devant les médias et auprès des citoyens, le candidat s’en est toujours défendu. 

Ousmane Sonko, “l’anti-système”

Ousmane Sonko, lors d'une réunion publique, le 21 février
Ousmane Sonko, lors d'une réunion publique, le 21 février © AFP / Carmen Abd Ali

Sera-t-il la surprise de l’élection ? Ancien inspecteur des impôts à l’ascension politique fulgurante, Ousmane Sonko se présente pour la première fois à une élection présidentielle, à seulement 44 ans. Major de l’ENA Sénégalaise, il a déjà plusieurs faits d’armes à son actif. Il crée le premier syndicat de l’Inspection générale des impôts. L’homme est radié de la fonction publique en 2016 par décret présidentiel pour manquement au devoir de réserve. 

Particulièrement populaire chez les jeunes sénégalais, Ousmane Sonko se réclame de “l’anti système”. L’ancien fonctionnaire pour mieux renforcer sa base électorale, a tout de même cherché le soutien de l’ancien président Abdoulaye Wade, 12 ans au pouvoir et qui a tout tenté pour le conserver. Dans son programme, Ousmane Sonko défend des mesures assez populaires comme la sortie du Franc CFA. 

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