La communauté internationale s’inquiète régulièrement du sort des civils au Yémen. Cette semaine, l’alerte est venue de l’ONG "Save the Children". Retour détaillé sur ce qui a fait basculer ce pays dans une catastrophe humanitaire.

Enfants déplacés de la région de Hodeida
Enfants déplacés de la région de Hodeida © AFP / Essa Ahmed

Dans un rapport rendu public mercredi, l’organisation britannique affirme que 5 millions d'enfants sont menacés de souffrir de la faim, à cause du conflit qui oppose depuis mars 2015 les forces pro-gouvernementales, soutenues par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, aux rebelles chiites houthis, soutenus par l’Iran. L’ONG met en garde contre "une famine d’ampleur sans précédent" causé par le conflit au Yémen. 

À l’origine de ce drame, l’offensive contre le port stratégique d’Hodeïda

Selon "Save the children", cette crise humanitaire est directement liée à l'offensive, menée depuis le mois de juin par les forces pro-gouvernementales dans le port d'Hodeïda, à l'ouest du pays.

Un port stratégique, d’où transitent plus de 70 % des importations et l'aide humanitaire. 

Or, 3 Yéménites sur 4 ont besoin d'assistance, notamment alimentaire selon l'ONU. "Le conflit au Yémen a eu un effet dévastateur sur l'économie, sur l'emploi, mais aussi sur la nourriture disponible", explique Tamer Kirolos, directeur du bureau de Save the Children au Yémen.

Les affrontements autour d'Hodeïda, en particulier ces dernières semaines, ont entraîné "la coupure des deux principales routes menant d'Hodeïda au reste du pays", affirme Tamer Kirolos. Autre conséquence, une flambée du prix des denrées alimentaires et des carburants.

La ville et le port d'Hodeïda sont dans la ligne de mire des forces pro-gouvernementales depuis le mois de juin.

Ces derniers jours, l'armée yéménite, aidée des forces saoudiennes et émiraties mène des raids aériens autour de ce port. L'objectif : tenter d'en reprendre le contrôle aux mains des rebelles, chiites houthis, soutenus par Téhéran. La coalition anti-rebelles accuse les houthis d'utiliser le port d'Hodeïda pour faire introduire des armes en provenance d'Iran. Téhéran dément ses affirmations.

De nombreuses familles ont fui la ville d’Hodeïda, mais 600 000 civils vivent encore sur place. Les organisations humanitaires appellent donc à un cessez-le-feu immédiat. 

Les deux parties du conflit responsables

Toutes les parties du conflit sont responsables de l’escalade de l’insécurité à Hodeïda, dénonce Amnesty International. 

"Nous avons découvert que les deux parties du conflit, à la fois la coalition menée par l’Arabie saoudite et le groupe armé des houthis sont en train de limiter l’accès à l’aide humanitaire et aux importations", explique Lynn Maalouf, directrice de recherche Moyen-Orient à Amnesty International.

"La coalition impose des délais très longs aux bateaux pour qu’ils puissent arriver à bon port au Yémen. De leur côté, les milices installent des barrages et imposent des procédures administratives et logistiques très lourdes, et bloquent ainsi l’accès de l’aide humanitaire, et la circulation de cette aide dans le reste du pays", ajoute-t-elle.

Selon Lynn Maalouf, "toutes les parties du conflit commettent des crimes de guerre, notamment des bombardements, qui sont des violations des lois de la guerre, dans le sens où elles font un nombre disproportionné de victimes par rapport à l’objectif militaire, _ou alors l’utilisation des bombes à sous-munitions_, qui sont aussi interdites"

"Avec l’opération militaire d’Hodeïda, l’impact sur la population civile pourrait être dramatique", souligne la chercheure pour le Moyen-Orient. Selon l’ONU, le coût humain est incalculable.

Les organisations humanitaires appellent à un cessez-le-feu dans la région. Elles en appellent aussi à la responsabilité des Occidentaux dans ce conflit. "Amnesty International demande expressément aux États-Unis, au Royaume-Uni, et la France, d’arrêter de vendre des armes à la coalition menée par l’Arabie saoudite", insiste Lynn Maalouf. "Il y a un fort risque que ces armements soient utilisés pour commettre des crimes de guerre."

Les enfants, premières victimes du conflit

L’escalade de violences a des conséquences dramatiques sur le plan économique, social, mais aussi médical.

"Il y a de gros problèmes d’accès à l’eau propre, et c’est ce qui déclenche des maladies comme le choléra", souligne Lynn Maalouf. 

La population civile et en particulier les enfants sont les premières victimes de l’insécurité croissante et de l’envolée des prix.

"De plus en plus de Yéménites n'ont pas accès à la nourriture pour survivre. De plus en plus de familles doivent faire ce terrible choix, soit dépenser leur argent pour leur santé, soit pour nourrir leurs enfants", déplore Tamer Kirolos, directeur du bureau de Save the children au Yémen. "On voit des parents arriver avec leurs enfants pour se faire soigner. Mais malheureusement, souvent ils arrivent trop tard, et leurs enfants meurent", poursuit-il. Cela est clairement dû, selon lui au "prix des transports et aux difficultés d'accès aux hôpitaux."

Selon l'ONG britannique, 400 000 enfants souffrent déjà de malnutrition sévère au Yémen. 

Cette situation risque malheureusement de s'aggraver, redoutent les organisations humanitaires. "Le temps commence à manquer" pour empêcher "une famine dévastatrice" au Yémen et "nous ne pouvons pas nous permettre la moindre perturbation" dans la distribution de l'aide, a averti le Programme alimentaire mondial (PAM).

Depuis le début de l'intervention armée de la coalition menée par Ryad, le conflit au Yémen a fait plus de 10 000 morts et 56 000 blessés, et provoqué la "pire crise humanitaire au monde" selon l'ONU.

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