Le président du Zimbabwe a été expulsé dimanche de la direction de son parti, la Zanu-PF. Alors que Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980, devait annoncer sa démission lors d'une allocution télévisée, le dirigeant n'en a finalement pas dit un mot, et risque maintenant une procédure de destitution.

Le parti mené jusqu'alors par Robert Mugabe craint que sa femme Grace ne prenne la succession de son époux, le plus vieux dirigeant en activité d'Afrique
Le parti mené jusqu'alors par Robert Mugabe craint que sa femme Grace ne prenne la succession de son époux, le plus vieux dirigeant en activité d'Afrique © AFP / SIPHIWE SIBEKO

La pression n'a jamais été aussi forte pour Robert Mugabe, qui vient de subir une humiliante éviction de la part de la Zanu-PF, formation qu'il contrôlait d'une main de fer depuis plusieurs décennies. 

En une semaine, le président du Zimbabwe, au pouvoir depuis 1980, a perdu un à un tous ses soutiens : l'armée d'abord, qui a pris le contrôle du pays dans la nuit de mardi à mercredi ; le peuple qui, toutes tendances politiques confondues, est descendu en masse dans la rue samedi ; et ensuite la Zanu-PF, qui jusqu'à présent avait fait preuve d'une loyauté à toute épreuve vis-à-vis du "camarade Bob".

Le règne du président du Zimbabwe Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980, ne semblait plus dimanche tenir qu'à un fil, un scénario impensable il y a quelques jours encore.

A la Zanu-PF, Mugabe a été immédiatement remplacé par Emmerson Mnangagwa, le vice-président qu'il avait démis de ses fonctions le 6 novembre, a indiqué à l'AFP un membre de la Zanu-PF qui participait à une réunion en urgence du parti. Mnangagwa qui est aussi investi candidat du parti pour l'élection présidentielle prévue en 2018.

Zimbabwe : Mugabe refuse de démissionner
Zimbabwe : Mugabe refuse de démissionner © Visactu / Visactu

Le président, désormais aux abois, devait rencontrer dimanche les militaires aux commandes du pays, qui tentent de lui arracher une reddition en douceur. Les premières négociations jeudi avaient échoué : le chef de l'État âgé de 93 ans avait catégoriquement refusé de quitter la présidence. 

Mugabe doit maintenant faire face à un ultimatum : renoncer de lui-même ou se faire sortir par la force. Dimanche après-midi, le président s'est entretenu avec les généraux de l'armée, a rapporté le quotidien d'État The Herald. 

La rencontre a été organisée dimanche après-midi au palais présidentiel, selon le journal. Sur des photos publiées sur le site du quotidien, le président Mugabe, vêtu d'un costume sombre à carreaux et d'une cravate rouge, salue et discute avec plusieurs responsables de l'armée dont le chef d'état-major, Constantino Chiwenga.

Suite à celle-ci, plusieurs sources proches du président ont rapporté sa décision d'accepter la démission. Mais dans l'allocution télévisée qu'il a donné en début de soirée, Mugabe n'en a soufflé mot.

La Première dame visée

Samedi, le Zimbabwe a connu l'une des plus grandes manifestations jamais organisées depuis son indépendance en 1980. Des dizaines de milliers de personnes - des partisans de la Zanu-PF comme de l'opposition - ont déferlé dans les rues d'Harare pour appuyer l'intervention de l'armée et demander au vieux dirigeant de partir. 

L'armée est intervenue dans la nuit de mardi à mercredi après la destitution le 6 novembre du vice-président Emmerson Mnangagwa, ennemi juré de la Première dame. Les militaires n'ont pas accepté la perspective que Grace Mugabe se retrouve en position de favorite pour succéder, le moment venu, à son mari, le plus vieux dirigeant en exercice au monde. 

"Il est fâcheux que le président lui ait permis d'usurper son autorité, détruisant ainsi le parti et le gouvernement", a déploré dimanche la ligue des jeunes de la Zanu-PF qui a demandé l'éviction "à tout jamais" de Grace Mugabe du parti. 

"Elle et ses proches associés ont profité ces cinq dernières années de la santé fragile" du président pour "usurper le pouvoir et piller les ressources de l'Etat", a renchéri Obert Mpofu, saluant le "joli travail" des militaires. 

Emmerson Mnangagwa est désormais pressenti pour prendre la tête d'une éventuelle transition politique. A 75 ans, cet ancien fidèle du président Mugabe n'a pas été vu en public depuis son éviction, mais ses portraits ont été acclamés samedi dans les rues de la capitale, où des manifestants arboraient fièrement tout objet en forme de crocodile, le surnom de l'ancien vice-président, un homme connu pour son caractère impitoyable.

Le président Mugabe a la réputation d'être coriace et un fin tacticien. Avant la crise, il avait déjà annoncé son intention de briguer un nouveau mandat lors de l'élection présidentielle en 2018. Mais le Zimbabwe se trouve dans une crise économique abyssale. Le pays manque cruellement de liquidités, obligeant les citoyens à faire la queue pendant de longues heures devant les banques, et affiche un taux de chômage d'environ 90%.

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