En Birmanie, la répression exercée sur la minorité des réfugiés rohingyas isole toujours plus la dirigeante et prix Nobel Aung San Suu Kyi.

Des réfugiés rohingyas, qui fuient les persécutions en Birmanie, marchent le long de la frontière avec le Bangladesh, le 4 septembre 2017.
Des réfugiés rohingyas, qui fuient les persécutions en Birmanie, marchent le long de la frontière avec le Bangladesh, le 4 septembre 2017. © Reuters / Mohammad Ponir Hossain

Le gouvernement birman a dressé un premier bilan officiel de la répression lancée contre les Rohingyas, population musulmane dans ce pays à majorité bouddhiste : 90 affrontements entre l'armée et les rebelles, plus de 2.600 maisons détruites dans des villages non-musulmans ainsi que 138 dans des villages musulmans.

Sur la scène internationale, l’aura de la chef du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, commence à pâtir de cette crise inter-ethnique : plusieurs dirigeants de pays musulmans voisins s’inquiètent de la colère qui monte au sein de leur population, et du sort réservé aux Rohingyas.

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L’ex-militante et Prix Nobel de la Paix a dû recevoir lundi la chef de la diplomatie Indonésienne, tandis que le ministre malaisien des Affaires Étrangères, Anifah Aman, interrogé par l'AFP, s’est dit, lui, "mécontent" du silence d'Aung San Shu Kyi :

Elle prenait position pour les droits de l'Homme. Maintenant, il semble qu'elle ne fasse rien

Plusieurs pays, dont l'Indonésie, la Malaisie, le Pakistan ou l'Iran, ont plaidé pour les Rohingyas, les talibans afghans dénonçant même un "génocide". Des manifestations pro-Rohingyas se sont déroulées ce lundi notamment en Indonésie et en Tchétchénie. Les Maldives ont annoncé rompre toute relation commerciale avec la Birmanie jusqu'à ce qu'elle prenne des mesures pour "prévenir les atrocités envers les Rohingyas".

Mais c’est une autre femme, elle aussi Prix Nobel de la Paix, Malala Yousafzai, qui a pris la tête de la protestation :

Ces dernières années, je n'ai cessé de condamner le traitement honteux dont ils font l'objet. J'attends toujours de ma collègue prix Nobel Aung San Suu Kyi qu'elle en fasse de même

L’Onu dénonce un "nettoyage ethnique"

Les violences ont démarré le 25 août dernier, quand des rebelles de l'Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA), qui veut défendre les droits bafoués de la minorité musulmane rohingya, s’en sont pris à des postes de police. En réponse, le gouvernement du pays a lancé son armée dans une répression sans précédent contre cette population rohingya, principalement regroupée dans l’état Rakhine, région pauvre et reculée de Birmanie. Après dix jours de violences, les Rohingyas de Birmanie sont désormais plus de 87.000 à avoir pris la route de l'exode, vers le Bangladesh.

Selon l'ONU, qui dénonce un véritable nettoyage ethnique, quelque 20.000 personnes sont désormais coincées à la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh, avec l’espoir de la franchir. Plus de 2.000 d'entre elles, dont de nombreux enfants, ont été renvoyés en Birmanie. Là-bas, les Rohingyas, estimés à près d’un million, sont considérés comme des immigrés illégaux bengladais, même s'ils vivent en Birmanie depuis des générations.

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