Deux ONG ont pu accéder à la petite île de Nauru, à laquelle l'Australie a délégué la gestion des réfugiés qu'elle refoule de ses côtes. Les conditions de vie y sont épouvantables.

Les Australiens manifestent contre la politique migratoire de leur gouvernement. La banderole proclame : "Laissez les rester. Fermez les camps"
Les Australiens manifestent contre la politique migratoire de leur gouvernement. La banderole proclame : "Laissez les rester. Fermez les camps" © Maxppp / Dan Peled

Au large de l’Australie, quand on met le cap sur Hawaii, se trouve l’île de Nauru. Un bout de terre minuscule, plus petit que l’aéroport de Melbourne, et qui accueille, depuis quatre ans, les réfugiés et les demandeurs d’asile qui attendent de pouvoir rallier l’Australie.

Un centre de rétention « offshore », aux conditions de vie infernales, entre non-respect des Droits de l’Homme et violences commises par les habitants de l’île. En quatre ans, au moins 1.200 migrants ont été transférés de force sur l’île, et attendent que leur dossier soit étudié par l'Australie. Le délai annoncé par les autorités est de six mois, mais la plupart sont bloqués depuis bientôt trois ans, avec l'interdiction de quitter la minuscule île sans l’autorisation de Canberra.

Pas une information ne doit filtrer

Les migrants sont principalement des Afghans, des Irakiens et des Somaliens qui sont arrivés illégalement par bateau en Australie, et ce pays paie chaque année plus de 250 millions de dollars à la république de Nauru pour que les demandeurs d'asile ne restent pas en Australie. Moins de la moitié des réfugiés dort dans des tentes, les autres sont tout simplement obligés de dormir dehors, et la situation sanitaire est tout aussi déplorable. Pire, les demandeurs d'asile sont souvent la cible d'intimidations, de violences et même de viols de la part de la population locale.

Nauru fait tout pour empêcher que ne filtre la moindre information sur ces conditions de détention : les journalistes et les observateurs indépendants voient leurs demandes de visa systématiquement rejetées, et les habitants risquent jusqu'à deux ans de prison s'ils parlent des conditions de détention des migrants.

Pourtant, certains membres de Human Right Watch et Amnesty International ont pu se rendre sur place, c’est très rare, et les deux ONG ont publié ce mercredi un rapport dénonçant la politique migratoire de l'Australie. Anna Neistat, responsable des recherches pour Amnesty International, fait partie des observateurs qui ont pu aller sur place. Elle raconte

 La situation sur l'île est très choquante, les réfugiés font de graves dépressions, il y a régulièrement des tentatives de suicide. Ils n’ont pas accès aux traitements médicaux, et sont souvent la cible de violence de la part de la population locale, et la police ne les protège même pas. En fait, le gouvernent australien mène une politique délibéré pour décourager les autres migrants.

Une situation née il y a une dizaine d'années

Pour David Camroux, enseignant à Sciences-Po et spécialiste de l'Australie, le pays, pourtant terre d'immigration, agit de cette manière pour décourager ceux qui voudrait arriver illégalement en bateau : « Cela a commencé il y a une dizaine d’années, avec le gouvernement conservateur de John Howard. C’était fait pour éviter les noyades des clandestins qui tentaient d’arriver en Australie par bateau. C’était paradoxalement justifié par des raisons humanitaires. »

En 2013, Canberra a lancé, avec l'aide de l'armée, l'opération "Frontières souveraines" pour décourager les réfugiés d'arriver par la mer. Sa marine repousse systématiquement les bateaux de clandestins et les renvoient vers leur point de transit, souvent l'Indonésie. Ceux qui parviennent tout de même à gagner ses côtes sont placées dans des camps de rétention au large, à Nauru, à Manus, en Papouasie Nouvelle-Guinée, ou sur l'île Christmas, dans l'océan Indien, le temps que leur demande d'asile soit instruite. Même si leur demande d'asile est jugée légitime, Canberra ne les autorise pas à s'installer en Australie.

Des médecins, des avocats et de nombreuses organisations de défense des droits de l'Homme ont maintes fois dénoncé  ce système de déportation, et les conditions de vie des réfugiés dans ces territoires à l'abri des regards extérieurs, sans que rien ne change.

► POUR EN SAVOIR PLUS | Lire Face au drame des migrants en Méditerranée, le contre-exemple australien

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