Ce 18 décembre a été la journée la plus chaude jamais enregistrée en Australie : 40,9°C de moyenne nationale. La vague de chaleur, aggravée par les feux de forêt qui ravagent le pays depuis plusieurs semaines, rendent l’air irrespirable. Le gouvernement australien est accusé de ne pas prendre la mesure du problème.

Un pompier tente d'éteindre un incendie au nord de Sydney, 10 décembre 2019
Un pompier tente d'éteindre un incendie au nord de Sydney, 10 décembre 2019 © AFP / Saeed Khan

Mardi, les températures “_ont dépassé les 45°C dans l’essentiel de l’intérieur du pay_s”, indique à l’AFP Diana Eadie, du bureau de météorologie australien. "Cette canicule ne va faire que s'intensifier aujourd'hui", a-t-elle ajouté. Depuis plusieurs semaines, l’Australie étouffe sous une écrasante vague de chaleur, aggravée par de dramatiques incendies qui ont déjà dévasté des milliers d’hectares et plus de 700 habitations. Six personnes ont perdu la vie.

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Ce mercredi, des rafales à plus de 100 km/h viendront attiser les feux, déjà hors de contrôle, de la côte est du pays. "Les pompiers, les services d'urgence et les populations locales vont être confrontés dans les prochains jours à une nouvelle menace", a déclaré le responsable des pompiers des zones rurales de Nouvelle-Galles du Sud, Shane Fitzsimmons. À Sydney, les autorités parlent d’une “urgence de santé publique”, alors qu’un gigantesque brasier au nord de la ville envoie ses fumées toxiques sur la mégapole depuis plus d’un mois. 

Les dirigeants "font l'autruche alors que le monde brûle littéralement autour d'eux"

Selon les scientifiques, le réchauffement climatique contribue à créer des conditions encore plus propices aux feux. Pourtant, le gouvernement conservateur ne réagit pas, selon de nombreux observateurs locaux. “Des responsables des pompiers accusent le changement climatique d’être à l’origine de l’aggravation des feux de brousse, et appellent le gouvernement à prendre des décisions fortes”, titre le média national 9News dans un article du 17 décembre. “Depuis des années, les scientifiques ont prédit ce qui allait arriver. En tant que pompiers, nous l’avons vu venir”, expliquent les intervenants. 

La semaine dernière, des milliers d'Australiens ont défilé dans les rues de Sydney pour dénoncer cette inaction climatique. Dans la foulée, le Premier ministre australien, le conservateur Scott Morrison, a reconnu publiquement que le changement climatique était l'un des "nombreux facteurs" à l'origine de ces centaines d'incendies dévastateurs. Scott Morrison n'a pour autant annoncé aucune mesure visant à lutter contre le changement climatique. 

Le 16 décembre, un collectif de médecins, infirmiers et scientifiques signaient une tribune dans laquelle ils exhortaient le gouvernement à réagir : “Nous appelons le Premier ministre Scott Morrison et Gladys Berejikilan [dirigeante conservatrice de l’État du New South Wales, où se trouve Sydney, ndlr], à prendre les décisions nécessaires face à cette urgence de santé publique, et à mettre en place des mesures pour soulager la santé et la crise climatique.” Fiona Armstrong, directrice de l'Alliance pour le Climat et la Santé, déplorait : “Ces événements vont être de plus en plus fréquents, et le problème est que ni le NSW, ni les gouvernements fédéraux ne sont honnêtes sur cette situation.

“Dénier ce problème ne nous a pas rendu service. L'Australie n'est pas un leader, mais un frein sur ces questions, malgré le fait que nous soyons l’un des pays des plus vulnérables au changement climatique.”

Le 6 décembre déjà, des experts climatiques interrogés par le Guardian déploraient : "Nous vivons la pire saison des incendies jamais vécue, la plus grande sécheresse jamais vécue, Sydney est submergée de fumée, et nous n'avons pas entendu un mot d'un politicien contre le changement climatique. [...] Ils font l'autruche alors que le monde brûle littéralement autour d'eux."

Pendant ce temps, le Premier ministre se repose à Hawaï

Mais pendant que les experts et la société civile s'alarment, le Premier ministre est... en vacances à Honolulu, avec femme et enfants. Mardi, le journal australien The New Daily publiait un tweet effaré : "Des sources de l'aéroport ont confié à [notre journaliste] que Scott Morisson s'était envolé pour Honolulu en classe affaires il y a quelques jours, alors que son bureau dément." Le tout assorti du hashtag #WhereTheBloodyHellAreYou (que l'on peut traduire de manière approximative par "Mais où pouvez-vous bien vous cacher"), et illustré d'un photomontage de Scott Morrison, l'air ahuri, une couronne de fleurs sur la tête devant une plage paradisiaque.

Le vice-Premier ministre, Michael Mc Cormack, confirme à la chaîne ABC : que 'ScoMo' est bien parti en vacances. "Il a travaillé très très dur. Le fait est qu'il a une petite famille, deux jeunes filles, et il est autorisé à prendre des vacances. Oui, il est à l'étranger." Évidemment, les réactions outrées ne se font pas attendre sur les réseaux sociaux : "D'autres gens travaillent très, très, très dur et ont aussi droit à des vacances mais n'ont pas autant de chance", tweete un internaute en postant la photo d'un pompier couché, visiblement éreinté ou inconscient au bord du lieu d'un incendie. 

"Les vacances de Scott Morisson ne sont pas le problème, mais son absence d'initiatives sur les incendies en est un", écrit l'éditorialiste politique du Guardian Katharine Murphy. Cette dernière juge les commentaires scandalisés "légitimes", mais déplore avant tout la politique environnementale du gouvernement. "Les gens sont en colère contre les vacances de Morrison parce qu'elles symbolisent son manque d'actions vis-à-vis des incendies, l'inexistence de l'Australie pendant la COP25 la semaine dernière à Madrid, et l'indéfendable bilan de la Coalition [l'alliance de partis nationaux et libéraux en Australie] en matière de climat."

Un sommet pour lutter contre les incendies... organisé sans le gouvernement

Mercredi matin, tandis que le vice-Premier ministre Michael McCormack se rendait dans un aéroport pour en annoncer les travaux d'extension à venir, il s'est fait accueillir par un groupe de manifestants pro-climat. "Nous avons des solutions, agissez maintenant !" "L'Australie brûle", "Votre déni m'effraie", pouvait-on lire sur les pancartes. Réponse du dirigeant : "Eh bien, ils ont le droit de protester. J'espère qu'ils sont en pause déjeuner, s'ils veulent faire cela sur leur pause déjeuner et ensuite retourner à une tâche productive, tant mieux." De quoi alimenter un peu plus la colère des opposants. 

Certains ont finalement décidé de faire cavalier seul pour lutter contre les incendies : c'est le cas des 'Emergency Leaders for Climate Action', un collectif de 22 anciens dirigeants de services d'urgences en Australie. Après avoir, en vain, poussé le gouvernement à organiser un sommet sur les risques incendies dans un contexte de changement climatique, ils ont déclaré lundi qu'ils organiseraient ce sommet avec ou sans le gouvernement, du fait de leur "immense déception dans le manque de directives nationales durant la crise des incendies". Le sommet, prévu fin mars, doit réunir pompiers, Aborigènes, militaires, compagnies d'assurances et gouvernements locaux. "Nous inviterons le Premier ministre et nous espérons qu'il viendra", a lancé le collectif. 

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