Sur la côte est des États-Unis, la ville de Baltimore (600 000 habitants) est considérée comme l’une des plus dangereuses du pays avec environ 300 homicides par an, la plupart par arme à feu. Pour endiguer cette violence, la police rachète les armes à la population, comme d'autres villes américaines le font.

Aux États-Unis, la police de Baltimore rachète les armes à feu
Aux États-Unis, la police de Baltimore rachète les armes à feu © AFP / TIM SLOAN

Les autorités offrent 100 dollars pour une arme de poing, 500 dollars pour un fusil automatique. L’opération se déroule cette semaine et vise à récupérer un maximum d’armes à feu. Aucune information n'est demandée : on dépose son arme sans décliner son identité, et sans donner d'information sur les circonstances dans lesquelles on l'a obtenue. 

Jay a une trentaine d’années, et il arrive en portant à la main un étui : "J’en ai apporté quatre au total. Deux pistolets semi-automatiques, un fusil et un revolver. Mais j’ai encore une vingtaine d’armes à feu à la maison. Toutes achetées légalement. Je n’ai pas de casier judiciaire, je n’ai jamais rien fait de mal. Je suis venu pour l’argent. Après tout, c’est bientôt Noël ! Et à Noël, tout le monde a besoin de cash, non ?"

Puis le jeune homme pénètre dans le centre communal. Il repartira avec 700 dollars en poche.

300 homicides en un an

La maire de Baltimore, Catherine Pugh, est à l’origine de cette opération "gun buyback programm" (programme de rachat d'armes à feu), dans une ville gangrenée par la violence et le trafic de drogue.

La ville de Baltimore récupère les armes de ses habitants
La ville de Baltimore récupère les armes de ses habitants © Radio France / Gregory Philipps

En 2018, le nombre d’homicides va une nouvelle fois dépasser le chiffre effrayant de 300.

"Il faut qu’on arrive à faire disparaître de nos rues toutes les armes illégales", dit l’élue. "Chaque jour, des innocents sont tués, d’autres se retrouvent sans le vouloir au milieu de fusillades. Une seule vie perdue est une de trop."

L’opération vise à récupérer un maximum d’armes illégales mais aussi celles possédées légalement par leur propriétaires : "L’un de nos problèmes", ajoute le commissaire Gary Tuggle, chef de la police de Baltimore, "c’est qu’on a des propriétaires d’armes à feu qui en ont une ou plusieurs chez eux. Avec un permis, tout est en règle. Mais si leur domicile est cambriolé, ces armes seront alors dérobées et on les retrouve dans des affaires criminelles et dans les rues de Baltimore. Donc si chez vous, vous avez une arme acquise légalement mais que vous n’en n'avez pas besoin, apportez-la. Laissez-nous vous la racheter."

"Dans le passé, ça n’a donné aucun résultat" 

Sur Montford Avenue, de midi à vingt heures, c’est un ballet quasi ininterrompu d'habitants qui viennent déposer leurs armes et récupérer leurs dollars. 

Kenny vient se débarrasser d’un revolver qu'il dit ne jamais avoir utilisé depuis trente ans. Quand on lui demande s’il pense que cette initiative de la mairie est utile, il répond :

"Pas vraiment... Les honnêtes gens vont apporter des armes, c’est certain, mais pas les voyous, pas les criminels, pas les membres des gangs qui vont garder leur armement. Si au moins cela permet de sauver une vie, alors ça vaut le coup."

John, qui vient de vendre une arme de poing pour 100 dollars, se montre plus critique : "C’est stupide. Ils ont déjà fait ça dans le passé et ça n’a donné aucun résultat. Du coup, les gens comme moi viennent vendre leurs vieilleries, et se faire un peu d’argent. Moi je pense que tout ceci, c’est juste un moyen pour les politiciens de laisser croire qu’ils font quelque chose contre ce problème. Mais en vérité, ils ne font rien. D’abord, qu’ils remettent le système éducatif en état. Qu’ils ramènent des emplois dans cette ville et dans ce pays ! Et là peut-être qu’on commencera à résoudre ce problème de violence et des armes à feu ! " 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.