En Virginie (États-Unis) le gouverneur démocrate de l’État est accusé de racisme depuis qu’un site conservateur a retrouvé une photo de lui grimé en noir, un “blackface” selon l’expression consacrée.

Ralph Northam, le gouverneur de l'État de Virginie, dans la tourmente à cause d'un scandale de "blackface".
Ralph Northam, le gouverneur de l'État de Virginie, dans la tourmente à cause d'un scandale de "blackface". © Maxppp / Dan CURRIER

C’est le scandale qui secoue, en ce moment, l’État de Virginie, outre-atlantique. Le gouverneur est accusé de racisme depuis qu’un site internet conservateur a retrouvé et publié une photo du trombinoscope de l’école où Ralph Northam fut étudiant en médecine dans les années 80. Sur sa page, deux personnages : l’un est grimé en noir - ce que l’on appelle aux États-Unis le blackface - et l’autre porte un costume du Ku Klux Klan. L’affaire a pris une ampleur nationale.  

Appels à la démission

Devant le Capitole de Richmond, la capitale de Virginie, les manifestations appelant à la démission de Ralph Northam sont désormais quasi quotidiennes. Dans un premier temps, le gouverneur démocrate a présenté des excuses, affirmant qu’il ne se souvenait plus lequel des deux personnages il était sur l’image en noir et blanc. Il est finalement revenu sur ses déclarations, affirmant qu’il n’a jamais porté de tenue du Ku Klux Klan et qu’il ne s’est jamais non plus maquillé en afro-américain.

Le "yearbook", album de photo dans lequel on voit Ralph Northam, circule dans toute la presse américaine.
Le "yearbook", album de photo dans lequel on voit Ralph Northam, circule dans toute la presse américaine. /

Rencontré dans le quartier noir et historique de Jackson Ward, Roy, originaire de Chicago, vit en Virginie depuis deux décennies. “Cela ne me surprend pas, dit-il. Les hommes blancs font ça depuis des années. 

Ce pays, cet état de Virginie se sont construits sur le racisme. Moi ce qui me surprend, c’est que tout le monde soit surpris. C’est ça l’Amérique !

Le blackface est né de la caricature que l’on faisait à l’époque des esclaves, explique Julian Maxwell Hayter, professeur d’histoire afro-américaine à l’université de Richmond. Il travaille également sur la représentation des noirs au fil de l’histoire des États-Unis. “Mais quand aujourd’hui, on voit ces images ressurgir, cela signifie que le sud des États-Unis n’a pas encore réglé tous ses démons. La plupart de ces hommes blancs, qui ont une cinquantaine d’années aujourd’hui, qui sont en politique, ont été élevés par des parents, des enseignants, qui ont vécu à l’époque de la ségrégation”.  

Julian Maxwell Hayter, historien, enseignant à l’université de Richmond, s'est fait tatouer ce symbole qui dénonce les blackfaces.
Julian Maxwell Hayter, historien, enseignant à l’université de Richmond, s'est fait tatouer ce symbole qui dénonce les blackfaces. © Radio France / Grégory Philipps

Quelque chose “qu’on a tous fait à 20 ou 30 ans”

Dans les rues de Richmond, pas très loin d’une statue du général sudiste Robert E. Lee, nous croisons aussi Sidney, 75 ans, qui arbore fièrement le drapeau des confédérés et porte une casquette “Make America Great again”. Bien que républicain convaincu, Sidney n’appelle pas à la démission du gouverneur démocrate : 

C’est stupide. On ne peut pas lui reprocher quelque chose qu’on a tous fait quand on était plus jeune, quand on avait 20 ou 30 ans. Aujourd’hui, les gens trouvent ça offensant. Mais à l’époque, c’était différent

Dans le centre-ville de Richmond, statue du général confédéré Robert E. Lee.
Dans le centre-ville de Richmond, statue du général confédéré Robert E. Lee. © Radio France / Gregory Philipps
Dans les rues de Richmond, des nostalgiques du passé confédéré de l’Etat de Virginie.
Dans les rues de Richmond, des nostalgiques du passé confédéré de l’Etat de Virginie. © Radio France / Gregory Philipps

La semaine dernière, le procureur général de l’État de Virginie a dû reconnaître que lui aussi s’était grimé en noir dans sa jeunesse. Dans un dossier qui n’a rien à voir, le Gouverneur adjoint de l’État, Justin Fairfax, est accusé d’au moins deux agressions sexuelles. En Virginie, c’est tout l’état-major démocrate qui est aujourd’hui dans la tourmente.

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