Le financier américain Jeffrey Epstein a été inculpé lundi à New York d'exploitation de dizaines de mineures à des fins sexuelles. Une affaire qui pourrait avoir de sérieuses retombées sur plusieurs célébrités dont il était proche comme le président américain Donald Trump.

L'homme d'affaires américain Jeffrey Epstein a été inculpé lundi d'exploitation sexuelle de mineures
L'homme d'affaires américain Jeffrey Epstein a été inculpé lundi d'exploitation sexuelle de mineures © Getty / Stephanie Keith

Il a deux jets privés et l'une des plus grandes résidences à New York devant laquelle le trottoir est chauffé (!) : Jeffrey Epstein, riche investisseur en fonds spéculatifs de 66 ans, est connu comme le loup blanc dans la jet-set. 

Epstein a été arrêté samedi à son retour de France. Il fait l'objet de deux chefs d'inculpation : exploitation sexuelle ("sex trafficking") de mineures et conspiration en vue d'une exploitation sexuelle. Il est passible de 45 ans de prison s'il est reconnu coupable. Des photos de mineures nues ont été saisies chez lui à Manhattan.

Des mineures de 14 ans "prêtées" à ses copains

Il est accusé d'avoir, entre 2002 et 2005 au moins, fait venir des mineures (dont certaines étaient âgées de 14 ans) dans ses résidences de Manhattan et de Palm Beach (Floride) "pour se livrer à des actes sexuels avec lui, après quoi il leur donnait des centaines de dollars en liquide". 

"Il en a aussi payé certaines pour qu'elles recrutent d'autres filles afin qu'elles soient elles aussi abusées", ajoute l'acte d'accusation. Certaines victimes l'accusent de les avoir "prêtées" à certains de ses amis. 

"Un type génial" pour Donald Trump

Même si aucun nom de personnalité n’apparaît dans l'acte d'inculpation, des photos circulent depuis lundi sur les réseaux sociaux, montrant le président américain et Epstein ensemble :

En 2002, voici ce que Donald Trump disait de Jeffrey Epstein dans un entretien au New York magazine :

Je connais Jeff depuis 15 ans. Un type génial. C'est un plaisir de passer du temps avec lui. On dit même qu'il aime les jolies femmes autant que moi, et beaucoup sont plutôt jeunes. Pas de doute : Jeffrey aime sa vie sociale !

En avril 2016, une femme, Katie Johnson, avait accusé Jeffrey Epstein et Donald Trump de l'avoir violée et battue en 1994, alors qu'elle n'avait que 13 ans. Elle avait été déboutée pour des motifs techniques. Mais l'avocat de la Trump Organization fait tout pour éloigner le nom de Trump de l'affaire  Epstein. Il a dit à Politico en 2017 :

Trump n'a aucune relation avec Epstein et ne savait rien de ses actes

Bill Clinton nie tout rapport avec Epstein

De son coté, l'ex-président Bill Clinton est mis en cause. Il a voyagé à plusieurs reprises en 2002 et 2003 dans le jet privé de Epstein, appelé "le Lolita express", car des jeunes femmes étaient souvent présentes à bord.  Clinton s'y serait trouvé sans son staff, ni ses agents de sécurité. 

Mais dès que le nom de Clinton est apparu dans les médias, son attaché de presse a publié un communiqué démentant tout voyage suspect. Il confirme que Clinton a voyagé quatre fois à bord du jet mais que toute son équipe et son service de sécurité étaient également présents :

Le Prince Andrew accusé 

Le Prince Andrew, fils de la reine Elizabeth II, aurait lui aussi profité des services de Epstein. C'est du moins ce qu'affirme une mère de famille de 30 ans, Virginia Roberts. Selon elle, Epstein a fait d'elle une esclave sexuelle lorsqu'elle avait 17 ans, et elle aurait notamment eu des relations sexuelles avec le Prince Andrew. 

Le Prince admet son amitié avec Epstein, comme plusieurs photos en attestent. Mais selon le Telegraph, il dit avoir été "stupide" et nie connaitre cette femme, qui pourtant a déposé plainte et apparaît avec lui sur une photo datant de 2001. 

Le ministre du Travail dans la tourmente

En tant que procureur de Floride, le ministre du Travail Alexander Acosta a du gérer la première affaire Epstein
En tant que procureur de Floride, le ministre du Travail Alexander Acosta a du gérer la première affaire Epstein © Getty / Chip Somodevilla

Jeffrey Epstein avait déjà été accusé en Floride il y a plus de dix ans de faits similaires. Mais à la suite d'un accord passé à l'époque avec le procureur fédéral chargé de cette affaire Alexander Acosta (aujourd'hui ministre du Travail de Donald Trump), il n'avait pas été poursuivi par la justice fédérale. Il avait uniquement été condamné pour des faits mineurs et avait écopé de treize mois de prison qui avaient été aménagés.

Le Washington Post de son coté met l'accent sur cet aspect de l'affaire : les questions qui resurgissent sur la manière dont Alexander Acosta actuel ministre du Travail a géré la première affaire Epstein, qui finalement n'a abouti qu'à une peine mineure. Procureur de Floride en 2007, Alexander Acosta avait en effet négocié un accord avec Epstein. Il avait finalement été condamné à 13 mois de prison, mais le milliardaire avait pu travailler depuis son bureau six jours sur sept. Epstein risquait pourtant une peine à perpétuité.  

Toujours selon le Washington Post, plusieurs responsables à la Maison blanche "craignent que les démocrates encouragent des victimes potentielles d'Epstein à témoigner en public devant le Congrès, ce qui pourrait attirer l'attention sur la gestion du dossier par Acosta à l'époque.

Une nouvelle audience est prévue jeudi lors de laquelle les avocats de cet homme de 66 ans, qui est apparu un peu déboussolé lundi, plaideront pour sa libération sous caution.

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