L'ancien roi d'Espagne Juan Carlos a fui son pays, visé par une enquête judiciaire pour corruption. Comme lui, plusieurs rois ou présidents ont déjà fui – ou été poussés à fuir – pour échapper à des ennuis.

Juan Carlos en 2008
Juan Carlos en 2008 © Maxppp / Juan Carlos Rojas

Où est Juan Carlos ? Selon les médias espagnols, l'ancien roi d'Espagne s'est réfugié en République dominicaine. Une information que le Palais royal s'est refusé à commenter, au lendemain de l'annonce de l'ancien monarque de quitter le pays, "guidé (…) par la conviction de rendre le meilleur service aux Espagnols, à leurs institutions et à [son fils Felipe VI] en tant que roi".  

Derrière ce choix d'exil, une enquête, ouverte en juin contre Juan Carlos par le parquet de la Cour suprême, qui cherche à établir si l'ancien roi s'est rendu coupable de corruption, en recevant une commission lors de l'attribution à des entreprises espagnoles du marché d'un chantier de construction de TGV en Arabie saoudite.  

Une "tradition" depuis la Rome antique 

Juan Carlos est loin d'être le premier chef d'État à fuir son pays au moment où les choses se compliquaient pour lui. Il faut remonter au deuxième siècle avant Jésus Christ pour trouver sans doute le premier cas similaire, dans la Rome antique avec Scipion l'Africain, poursuivi pour avoir subtilisé des fonds pendant des campagnes militaires. Il fuit alors Rome pour échapper au procès – et finit ainsi par obtenir l'abandon des charges contre lui. Il reste connu pour son épitaphe disant "Ingrate patrie, tu n'auras pas mes os".

L'autre exemple historique connu est celui de Louis XVI et de sa fuite, en juin 1791. Arrêté à Varennes alors qu'il tentait de fuir avant que la constitution de la République ne soit proclamée, il fait partie de ces dirigeants qui n'ont pas réussi à mener jusqu'au bout leur projet de fuite. En outre c'est après son arrestation qu'il a eu affaire à la justice : il fait face aux députés de la Convention nationale plus d'un an plus tard, en 1792. 

Régimes autoritaires, corruption et révolutions en tête 

On compte peu de cas de fuites "en temps de paix", à l'image de celle de Juan Carlos. Les tentatives de fuite sont souvent liées à des régimes autoritaires, à des changements de système étatique. Ainsi le procès, la fuite, l'arrestation et la mort de Nicolae Ceausescu et son épouse en 1989 ont conduit à la chute de son régime et à la fin de la révolution roumaine. On ne compte plus les dictateurs ou présidents autocratiques qui ont quitté leur pays lors de coups d'État, de soulèvements ou d'alternances politiques.

S'il faut chercher l'un des cas qui ressemblent le plus à celui de Juan Carlos, ce serait peut-être celui de l'ancien président péruvien Alberto Fujimori. C'est pour contester sa réélection, en l'an 2000, que ses adversaires politiques ont fait ressortir des soupçons de corruption. Il fuit alors au Japon pour échapper à la justice – et est destitué quelques jours plus tard par le Congrès péruvien. Arrêté en 2005 au Chili, il est condamné en 2009 et ne sort de prison (une prison dans laquelle 10 000 m2 lui étaient alloués) qu'en 2017.

On peut aussi compter, à côté des chefs d'État, les dirigeants politiques qui ont fui pour contourner une arrestation : en Espagne, le leader indépendantiste catalan Carles Puidgemont a dû fuir l'Espagne car il était visé par un mandat d'arrêt européen pour rébellion émis la justice espagnole. Malgré son arrestation, il n'a pas été extradé vers l'Espagne, et en janvier 2020 la Cour de justice de l'Union européenne a levé toutes les procédures contre lui.

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