Le président américain peut se réjouir : il vient de faire basculer dans le camp conservateur la plus haute institution judiciaire du pays, celle qui arbitre les questions de société les plus délicates. La Cour suprême devrait désormais être globalement favorable à sa politique.

Donald Trump commente la nomination de Brett Kavanaugh à bord d'Air Force One le 6 octobre 2018
Donald Trump commente la nomination de Brett Kavanaugh à bord d'Air Force One le 6 octobre 2018 © AFP / Nicholas Kamm

Ils étaient majoritaires jusqu'alors, ils ne sont désormais que quatre sur neuf : les juges "progressistes" ont subi ce samedi une cuisante défaite, tout comme de nombreux mouvements de défense des droits civiques américains. Ils étaient d'ailleurs nombreux à manifester devant la Cour suprême, et à exprimer leur colère, parfois jusqu'à frapper les portes de bronze du bâtiment. Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées.

La mobilisation contre cette nomination, sur fond de scandale sexuel (Brett Kavanaugh est accusé de tentative de viol en 1982), n'a pas suffi : le Sénat l'a approuvée d'une courte majorité (50 pour, 48 contre) et il a prêté serment quelques heures plus tard. À 53 ans, Brett Kavanaugh devient donc membre à vie de la Cour suprême. Et il devient surtout le deuxième juge "placé" par Donald Trump, qui tente depuis son élection de faire basculer l'institution de son côté.

Succès institutionnel et succès politique

Car la Cour suprême, aux États-Unis, ça n'est pas rien. Plus encore que le Conseil constitutionnel français, elle est l'ultime instance d'arbitrage sur les conflits les plus délicats au niveau fédéral (avortement, peine de mort, mariage homosexuel, encadrement des armes à feu, protection de l'environnement) et vérifie que les lois sont bien conformes à la Constitution. Elle peut donc être un adversaire infranchissable ou un allié redoutable. En moins de deux ans, Donald Trump l'a fait passer de l'un à l'autre.

Un joli coup qui pourrait aussi porter ses fruits dans son parti. Les républicains, pas toujours convaincus par la candidature et l'élection de ce président sur lequel ils ont peu de prise, lui doivent désormais une fière chandelle. Donald Trump espère pouvoir en récolter les fruits très prochainement.

Lors des "midterms" (les élections de mi-mandat, dans un mois), il pourrait bénéficier d'un soutien renouvelé de ses partisans, et donc d'une majorité un peu plus confortable au Congrès. "Nous bénéficions d'un dynamisme que l'on n'avait pas vu depuis des années", se réjouit le président.

Les démocrates, eux, veulent capitaliser sur l'indignation suscitée par la nomination chaotique de Brett Kavanaugh, en plein anniversaire du mouvement #metoo. "Aux Américains, à tous les millions de gens outrés par ce qu'il s'est passé ici, il n'y a qu'une réponse : votez", lançait samedi Chuck Schumer, le leader démocrate au Sénat.

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