Le juge républicain de la Cour suprême Anthony Kennedy, 81 ans, a annoncé son départ à la retraite le 31 juillet prochain. Démocrates et progressistes s'inquiètent : Trump risque fort de nommer un conservateur anti-avortement, anti-droits LGBT, anti-immigration et pro-armes à feu.

Le juge de la Cour suprême Anthony Kennedy
Le juge de la Cour suprême Anthony Kennedy © AFP / OLIVIER DOULIERY / Pool via CNP / DPA

Kennedy est un conservateur modéré. Avec son départ, ce sont les positions plutôt centristes de la Cour suprême qui disparaissent. Rien que ce mois-ci, il a effectivement soutenu le décret anti-immigration de Donald Trump, mais il a aussi voté pour le droit à l'avortement pour toutes dans les années 90 et a voté pour la légalisation du mariage pour tous en 2015 au niveau national. 

Donald Trump va forcément profiter de son départ pour nommer un juge très à droite, quelqu'un de fiable à son égard,  qui défendra les causes conservatrices, et notamment des restrictions au droit à l'avortement. Le président américain aurait tort  de se priver d'une telle occasion. Puis le sénat devra entériner son choix. Or, le sénat est sous contrôle des républicains. 

Selon Jim Obergefell, qui est à l'origine du recours devant la Cour suprême sur le mariage du même sexe en 2015 déclare dans un article de Time Magazine intitulé "la retraite de Kennedy met en péril toutes nos victoires

J'ai du mal à comprendre comment le juge Kennedy peut regarder notre pays actuellement et partir à la retraite. On sait que son attachement à la compassion, sa dignité sont en danger aujourd'hui, mais aussi les droits civiques de millions de personnes. 

Trump a fait campagne en affirmant que s'il était élu, une remise en cause du droit à l'avortement n'était pas exclue. Or, le président américain applique pour l'instant tout ce qu'il a promis durant la campagne de 2016... De quoi inquiéter les défenseurs des droits des femmes. 

La guerre politique a (déjà) commencé

Juste après l'annonce de Kennedy mercredi, les lobbys conservateurs de Washington se sont activés. Ils ont lancé par exemple une campagne publicitaire à un million de dollars pour soutenir le futur choix de Donald Trump. 

Les défis sont énormes pour démocrates et républicains, et Trump pourrait installer dans le siège de Kennedy un conservateur pour plusieurs décennies et qui aura une influence considérable sur toutes les questions sociétales du pays. Le président a en effet promis de choisir parmi une liste d'hommes et femmes de loi très conservateurs. Les républicains contrôlent le Sénat et le Sénat doit entériner le choix du président. Reste à savoir si tous les républicains approuveront le choix de Trump, en sachant que nombre d'entre eux ne sont pas du tout conservateurs sur les questions de société. 

Trump drague les sénateurs

Donald Trump a tout de suite commencé à rencontrer des sénateurs républicains et démocrates afin de les "sonder" en les consultant sur une liste potentielle de candidats. Il a dressé cette liste depuis la campagne présidentielle de 2016 et que le futur nommé sera forcément issu de cette liste. 

L'une des sénateurs reçus par Trump jeudi a déclaré à sa sortie qu'elle lui avait demandé de nommer quelqu'un de "pragmatique, juste, bientôt et qui se situe au delà de la politique politicienne". 

Les démocrates et les républicains plutôt libéraux ont d'ores et déjà affirmé qu'ils seraient vigilants sur deux points : l'avortement et la couverture sociale. Mais de manière plus générale, ils entendent bien préserver des décennies de décisions plutôt libérales de la part de la Cour suprême concernant l'avortement, les droits civiques, les droits des personnes LGBT, la discrimination positive et la peine de mort. S'ils n'y parviennent pas, cela signifie que le trumpisme sera présent aux Etats-Unis pour des décennies !  Après tout une telle bataille a déjà eu lieu en 1987, lorsque Ronald Reagan avait nommé un juge ultra conservateur à la Cour suprême. Les démocrates du sénat se sont mobilisés et ont rejeté cette nomination. Ils sont parvenus à faire nommer le juge Anthony Kennedy, beaucoup plus modéré, à sa place.

Au final, Trump pourrait nommer jusqu'à quatre juges !

Il n'est pas exclu que d'autres membres de la Cour suprême, dont certains ont plus de 80 ans, doivent quitter leur siège pendant le mandat de Donald Trump. 

la Cour suprême compte aujourd'hui 5 républicains et 4 démocrates
la Cour suprême compte aujourd'hui 5 républicains et 4 démocrates © Visactu / Visactu
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