[scald=70453:sdl_editor_representation]par Pierre-Henri Allain

RENNES (Reuters) - Un canon mythique ayant longtemps défendu Alger avant d'être installé en 1830 dans l'arsenal de Brest fait de nouveau couler de l'encre sur les deux rives de la Méditerranée.

Appelé "Baba Merzoug" par les Algériens et "la Consulaire" par les Français, cette énorme pièce d'artillerie en bronze de douze tonnes et sept mètres de long pourrait en effet être restituée en 2012 à l'Algérie à l'occasion du 50e anniversaire de son indépendance, affirme-t-on à Alger.

"J'ai écrit à de nombreuses personnalités dont certaines, comme l'ancien président Jacques Chirac, m'ont répondu favorablement et j'ai aussi reçu un accord de principe de l'Elysée", affirme l'historien algérien Belkacem Babaci, fondateur d'un Comité pour le retour du canon en Algérie.

"Mais, à la veille de l'élection présidentielle en France, nous ne voulons pas que cela gêne le président actuel", ajoute l'historien, joint par téléphone et qui regrette la publicité faite ces derniers temps autour de cette affaire dans les médias algériens.

"Si nous sollicitons la magnanimité du gouvernement français, c'est avant tout, à l'occasion des commémorations de l'indépendance de l'Algérie, comme un geste d'amitié confortant la reprise de relations plus fraternelles entre nos deux pays", explique Belkacem Babaci, auteur de "L'Epopée de Baba Merzoug" aux Editions Colorset.

Pour l'heure, la Marine nationale n'envisage pas toutefois de se séparer du célèbre canon, qui se dresse sur la rive gauche de la Penfeld, dans l'enceinte de l'arsenal de Brest (Finistère), fixé sur un socle de granit et surmonté d'un coq posant sa patte sur un globe terrestre.

"Nous n'avons reçu à ce jour aucune demande officielle concernant la Consulaire", a déclaré à Reuters Marc Gander, porte-parole de la préfecture maritime à Brest.

"Nous ne sommes d'ailleurs que dépositaires de ce monument et je pense qu'une demande devrait davantage s'adresser aux ministères des Affaires étrangères et de la Culture plutôt qu'au ministère de la Défense", a t-il poursuivi.

UN CANON TERRIBLE

Fondu en 1542 par un Vénitien pour défendre la baie d'Alger, ce canon, d'une portée exceptionnelle de 48 km, donnera durant près de deux siècles à la capitale algérienne la réputation de forteresse imprenable.

Il enverra également "ad patres" deux consuls français, le révérend père Jean Le Vacher puis André Piolle, tous deux placés à l'extrémité du canon en guise de représailles après les attaques perpétrées par l'amiral Duquesne en 1683 puis par le maréchal Jean d'Estrées en 1688.

Ces deux épisodes de l'histoire de Baba Merzoug lui vaudront d'être rebaptisé "La Consulaire" par les Français.

En juillet 1830, dès les premiers jours de la chute d'Alger, la fameuse pièce d'artillerie est saisie et expédiée comme trophée de guerre en France par l'amiral Guy Duperré qui demande son transfert à la base navale de Brest pour sa participation à la campagne d'Alger.

"C'est la part de prise à laquelle l'armée attache le plus grand prix", écrit-t-il alors.

En Algérie, un premier comité réclamant le retour de ce "prisonnier de guerre" dans son pays d'origine voit le jour en 1999, à l'initiative de Belkacem Babaci.

En 2006, Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, avait coupé court aux sollicitations, affirmant que le canon faisait "partie intégrante du patrimoine historique de la défense" et soulignant "un attachement particulier" de la marine pour ce monument.

Cinq ans plus tard, malgré les promesses qui ont pu être adressées à Belkacem Babaci, les autorités françaises ne semblent guère davantage disposées à s'en séparer et rappellent qu'il se dresse maintenant depuis des décennies dans l'enceinte de la base navale de Brest et figure même sur certaines cartes postales de la ville.

édité par Patrick Vignal

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