Le président syrien qui ne s'était pas exprimé publiquement depuis que la crise diplomatique est désamorcée accordé un entretien a une chaine de télévision publique russe. Il va bien autoriser la mise sous contrôle de ses armes chimiques.

Bachar al Assad précise qu'il a pris sa décison à cause de la Russie et non en raison de menaces américaines. Le président syrien a été interviewé par la chaîne publique Rossiya-24, et l'agence Interfax en rapporte des extraits :

La Syrie place ses armes chimiques sous contrôle international à cause de la Russie. Les menaces américaines n'ont pas influencé cette décision.

Damas a accepté mardi de placer son arsenal chimique sous contrôle international, conformément à une proposition formulée la veille par Moscou.

La correspondance de Marc Crépin à Moscou

Kerry et Lavrov négocient

john kerry va rencontrer sergueï lavrov à genève
john kerry va rencontrer sergueï lavrov à genève © reuters

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, est arrivé à Genève jeudi pour prendre connaissance du détail du plan russe pour la Syrie destiné à éviter des frappes militaires occidentales contre le régime du président Bachar al Assad. L'initiative de Moscou, allié indéfectible de Damas, a remis la diplomatie au coeur du conflit syrien, qui dure depuis plus de deux ans et demi et a franchi une étape avec l'attaque chimique du 21 août dans la banlieue de Damas imputée par les Occidentaux aux forces gouvernementales.

Le plan russe, qui propose de mettre sous contrôle international l'arsenal chimique syrien en vue de sa destruction, a été accueilli dans les chancelleries avec un scepticisme teinté pour certaines d'appels à la fermeté. Selon des responsables américains, John Kerry va insister auprès de son homologue russe, Sergueï Lavrov, pour que tout accord oblige Damas à prendre rapidement des mesures pour démontrer son sérieux quant à son renoncement aux armes chimiques.

Les Etats-Unis veulent notamment que le gouvernement syrien fasse publiquement une liste exhaustive des armes chimiques en sa possession avant d'autoriser des inspections et la neutralisation de cet arsenal.

Les quatre étapes du plan russe

Portrait officiel de Vladimir Poutine
Portrait officiel de Vladimir Poutine © Radio France / Presidential Press and Information office

D'après une version publiée par le journal moscovite Kommersant, le plan russe comporte quatre étapes aboutissant à la destruction de l'arsenal chimique.

Dans un premier temps, la Syrie adhérerait à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques. Le régime de Damas déclarerait alors la localisation de ses sites de production et de stockage d'armes chimiques puis, dans un troisième temps, autoriserait des inspecteurs de l'OIAC à se rendre sur place. Dans la quatrième phase, la Syrie déciderait "avec les inspecteurs comment et par qui ces armes chimiques seront détruites".

La source citée par Kommersant ne précise pas les modalités de destruction de ces armes mais note qu'il est envisageable que les Etats-Unis et la Russie s'en chargent. Des spécialistes du désarmement et de la non-prolifération doivent du reste participer aux entretiens de Genève. Toujours d'après Kommersant, si les Etats-Unis acceptent ce plan, le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, l'avalisera alors par une déclaration et une résolution sera soumise au Conseil de sécurité.

Dans l'entourage de John Kerry, on espère que les entretiens avec Sergueï Lavrov permettront de s'accorder sur un plan de désarmement syrien dont les principaux points seraient validés par une résolution du Conseil de sécurité. Moscou est convaincu que cette résolution "ne doit renfermer ni ultimatum ni menaces de recours à la force" contre Damas, poursuit Kommersant.

Pour un responsable américain qui s'est entretenu, sous le sceau de l'anonymat, avec les médias avant les entretiens Kerry-Lavrov prévus sur au moins deux jours, la rencontre a pour but de "voir si la proposition russe repose ou non sur une réalité".

Dans une tribune libre destinée à l'opinion publique américaine publiée par le New York Times, Vladimir Poutine argumente contre des frappes occidentales qui, selon lui, ne feraient que le jeu des combattants d'Al Qaïda. Une intervention américaine "accroîtrait la violence et déclencherait une nouvelle vague de terrorisme", insiste le locataire du Kremlin. "Il est inquiétant de constater qu'une intervention militaire dans des conflits intérieurs dans des pays étrangers soit devenue une banalité pour les Etats-Unis. Est-ce là l'intérêt à long terme des Etats-Unis ? J'en doute."

Aux Etats-Unis, certains pensent qu'il humilie leur pays. La correspondance à Washington de Frédéric Carbone.

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