INTERVIEW EXCLUSIVE - Invité exceptionnel de l'émission Boomerang, sur France Inter, l'ancien président américain estime que les réseaux sociaux sont une "foire d'empoigne" et que le "pouvoir des mots" a été "compromis" par l'évolution du paysage médiatique. Il détaille les risques encourus par la démocratie.

Lundi 8 janvier 2021, l'ex-président américain Barack Obama, est l'invité exceptionnel de l'émission Boomerang d'Augustin Trapenard sur France Inter.
Lundi 8 janvier 2021, l'ex-président américain Barack Obama, est l'invité exceptionnel de l'émission Boomerang d'Augustin Trapenard sur France Inter. © Radio France / France Inter

C'est le pouvoir des mots, que met en avant l'ex-président des États-Unis, Nobel de la paix. Invité exceptionnel de Boomerang lundi matin, Barack Obama évoque, au micro de France Inter, "l'un des défis" qu'il décrit dans son livre, "Une terre promise" (Fayard) premier tome de ses Mémoires et qui, selon lui, a mené à l'invasion du Capitole par des militants pro-Trump, le 6 janvier à Washington. "Le pouvoir des mots a été compromis par le changement du paysage médiatique", juge Barack Obama. 

"Donald Trump a menti tout le temps"

"Aujourd'hui, il y a un millier de plateformes, vous avez tout l'Internet et il n'y a plus de règles convenues sur ce qui est vrai et faux", détaille-t-il. "J'ai appelé ça une crise épistémologique, une foire d'empoigne. Et donc vous avez pu voir un président, Donald Trump, qui n'a pas été inquiété pour avoir menti tout le temps. Et ça c'est, je pense, le plus grand danger actuel pour la démocratie."

Comment y faire face ? "Nous ne pourrons pas revenir à une époque où il y avait quelques arbitres de la vérité, à moins de recourir à un modèle de gouvernement à la chinoise où le remède serait pire que le mal", constate l'ancien président américain. 

"Nous devons trouver des moyens de tenir les entreprises de réseaux sociaux responsables de la manière dont nous faisons la différence entre réalité et fiction. Entre ce qui est une opinion et ce qui est manifestement vrai."

"Je peux discuter avec n'importe qui dans une démocratie de la manière dont nous devrions aborder le changement climatique, mais je ne peux pas discuter avec quelqu'un qui dit que le changement climatique est un canular inventé par des écologistes radicaux", cite-t-il en exemple. À ce moment-là, "nous perdons alors la capacité de trouver un terrain d'entente", poursuit Barack Obama.

"Ne pas tenir la démocratie pour acquise" 

"Ce qui menace la démocratie américaine, c'est, je pense, ce qui menace la démocratie en Europe et dans le monde", ajoute-t-il. "Une longue tradition dans tous nos pays consiste à tenter de rejeter la faute sur l'autre, à essayer de suggérer que c'est l'autre le problème et que nous, quelle que soit la définition que vous donnez à ce groupe, racial, ethnique ou religieux, si nous n'étions pas infectés par ces autres, nous pourrions retourner à notre gloire passée." 

Un "refrain" constaté "dans la Russie de Poutine, en Hongrie, en Turquie, aux Philippines". "Il implique souvent un homme fort qui promet de faire face à ces 'autres'", observe le 44e président des États-Unis. "C'est un refrain que nous avons vu sous la présidence de Donald Trump. Mais ce n'est pas nouveau. La question de la race a été une ligne de faille dans notre société, depuis sa fondation. Quand vous ajoutez ça aux incertitudes des gens et aux déplacements économiques très réels qui ont eu lieu, cela peut aboutir à un moment très puissant et dangereux."

"Ceux d'entre nous qui croient en une démocratie libérale, pluraliste, inclusive, qui offre des opportunités à tous", conclue-t-il, "nous devons être vigilants et faire mieux, travailler plus dur et ne pas tenir la démocratie pour acquise"

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