Pic de contamination au Covid-19, effondrement du tourisme, hausse spectaculaire du taux de chômage, les Israéliens étaient des milliers à manifester dimanche au pied de la résidence du premier ministre, Benjamin Netanyahu. Un mouvement social d'ampleur qui ébranle l'image d'homme providentiel du chef du gouvernement.

Des milliers de manifestants réclament la démission du premier ministre Benjamin Netanyahu, devant son domicile, dimanche 26 juillet.
Des milliers de manifestants réclament la démission du premier ministre Benjamin Netanyahu, devant son domicile, dimanche 26 juillet. © AFP / Yasushi Kaneko / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP

"C'est la manifestation d'une colère profondément ancrée dans la société israélienne", selon Frédéric Encel, géopolitologue français, maître de conférence à Sciences Po Paris. Selon lui, ce mouvement social, déclenché par la gestion gouvernementale de la crise sanitaire, serait le résultat d'un sentiment de "confiance trahie" dans la figure du Premier ministre, Benjamin Netanyahu. Les mobilisations se multiplient depuis plusieurs semaines, dégénérant de plus en plus, comme samedi dernier, où plusieurs manifestants ont été blessés par la police qui tentait de les disperser avec des canons à eau. 

À la tête de l'Etat hébreu depuis 1996, le chef du parti national-libéral, Likoud, bénéficie depuis lors de la confiance des Israéliens et ce, malgré les scandales de corruption et son procès en cours. "Depuis son arrivée au pouvoir, il a apporté une croissance économique et une stabilité à son pays. Il continue d'être réélu, car il est considéré comme compétent et parce qu'il ne fait pas la guerre", affirme Frédéric Encel. Seulement voilà, privé de touristes en cette période estivale, Israël est durement touché par la seconde vague d'épidémie de coronavirus. Récemment, le pays a enregistré des pics de contamination à 1 000 voire 2 000 cas recensés par jour, alors même qu'Israël avait été relativement épargné par la première vague du virus. 

"Une colère profondément ancrée dans la société israélienne, le sentiment d'une confiance trahie par Benjamin Netanyahu"

"Déception", après avoir entrevu la fin de l'épidémie, "déception" face aux promesses d'un leader qui tarde à prendre des mesures économiques favorables aux franges les plus fragiles de la population... C'est bien ce sentiment qui pousse les Israéliens dans les rues. Le plan d'aide financière pour les citoyens a été approuvé dimanche par le cabinet et il attend d'être validée par le Parlement. D'après la chaîne de télévision israélienne i24 news, ce dispositif de quelque six milliards de shekels (1,5 million d'euros) devrait bénéficier à tous les Israéliens sauf "ceux qui gagnent plus de 640 000 shekels (160 000 euros) par an et des hauts fonctionnaires gagnant plus de 30 000 shekels (7 500 euros) par mois." (source : médias locaux). 

Un plan d'aides financières trop tardif selon les manifestants

Des primes bienvenues alors que le taux chômage a bondi, passant de 3,4% en février dernier, à plus de 20% aujourd'hui. "Les plus touchés sont les ultras-orthodoxes et les séfarades du Sud du pays", estime Frédéric Encel. Or, d'après le géopolitologue, ces populations sont de fidèles électrices du Likoud, le parti du Premier ministre. Un soutien sans faille qui conduit Frédéric Encel à relativiser l'impact des manifestations de ces derniers jours : "ne parlons pas trop vite de la chute de Netanyahu", préconise-t-il. 

Bien que politiquement hétéroclite, la coalition formée par Benjamin Netanyahu et Benny Gantz apparaît toujours solide et devrait donc pouvoir poursuivre sa politique libérale, tout en concédant quelques aides financières aux Israéliens les plus fragilisés par la crise. Et Frédéric Encel de rappeler : "En France, on a tendance à n'aborder la question israélienne que sous le prisme du conflit israélo-palestinien, or, les gens, là-bas, sont comme partout, ils ne pensent pas politique matin, midi et soir, ils pensent à éduquer leurs gamins et cherchent à manger trois fois par jour"

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